Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route








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Le ranch du poteau


L’État de Wyoming n’est pas seulement la région des gisements pétrolifères, c’est aussi, par excellence, un pays d’élevage. Sur ses hauts plateaux, dans ses vallées, poussent des herbes incomparables pour la nourriture et l’engraissement du bétail, entre autres l’alfalfa, ce foin naturel, à tige bleue, qui surpasse en qualité les célèbres fourrages du Kentucky. À l’époque des Indiens, les bisons y pullulaient à l’état sauvage ; actuellement, on y trouve d’immenses troupeaux de bœufs et de moutons, bêtes de race, soigneusement sélectionnées par les ranchmen et qui toutes prennent le chemin de Chicago, où elles font prime sur les marchés.

Propriétaire de quatre puits à pétrole, Mr Jack Randall possédait aussi plusieurs fermes en pleine prospérité, dans ce verdoyant pays de Wyoming, ombragé d’épaisses forêts, arrosé par des milliers de ruisseaux. Le ranch du Poteau, à trois milles de Harrisburg, était une de ces propriétés. D’une étendue de cinq cents hectares, entièrement clos de haies et de palissades, il était cité dans les environs comme un établissement modèle.

Floridor apprit tous ces détails en prenant un modeste lunch, dans un restaurant situé près de la gare d’Harrisburg et fréquenté surtout par les cow-boys et les marchands de bétail.

D’après un plan concerté d’avance, Todd Marvel et le Canadien s’étaient séparés en descendant du train. Tous deux étaient partis, chacun dans une direction différente.

Le milliardaire auquel d’énormes lunettes jaunes à monture de corne, un pardessus noir et un col haut et rigide, donnaient un aspect suffisamment médical, s’était dirigé vers l’Hôtel de Washington – le meilleur de la ville – où il comptait se renseigner, en attendant qu’il allât visiter le mystérieux Benazy.

Coiffé d’un feutre à larges bords, chaussé de bottes à gros clous, Floridor avec son pantalon renforcé de cuir et soutenu par une ceinture rouge, offrait à s’y méprendre le type, très commun dans la région de ces robustes « meneurs de viande » employés à la conduite et à l’embarquement des troupeaux qui sont incessamment dirigés des prairies de l’Ouest, vers les abattoirs de Chicago.

Tout de suite les clients du restaurant où il était en train d’absorber des sandwiches arrosés de thé, le reconnurent pour un des leurs. Le hasard, en cette occasion, le servit mieux qu’il n’eût pu l’espérer.

Un vieillard au visage tanné par le soleil, aux mains robustes, couvertes de poils gris, l’interpella tout à coup.

– Est-ce que tu travailles dans le pays mon garçon ? lui demanda-t-il.

– Non ! répondit le Canadien, je n’ai pas de place pour l’instant, j’étais employé aux étables, chez Armour, mais j’ai quitté, on n’est pas très bien payé et le travail est dur. Puis, à vrai dire, j’aime ma liberté, quand on a vécu dans la prairie, on ne peut pas s’accoutumer aux villes.

– Tu adores le grand air, je vois ça, fit le vieillard en riant.

– Puis je n’aime pas qu’on m’embête, répondit le Canadien sur le même ton.

La franchise d’allures de Floridor avait décidément gagné les sympathies de son interlocuteur.

– Écoute un peu, mon garçon, reprit-il, il y aurait peut-être moyen de s’arranger. Qu’est-ce que tu sais faire ?

– Je sais très bien soigner les bêtes. Je connais les maladies des bœufs et des moutons, les pâtures, et je n’ai pas peur d’un cheval sauvage ou d’un taureau furieux quand il faut le marquer au fer rouge.

En cela, le Canadien disait l’exacte vérité, né dans une ferme des bords du lac de Winnipeg, il connaissait à fond la question de l’élevage.

– Tu es mon homme, reprit le vieillard, si deux cents dollars par mois te conviennent, c’est une affaire faite.

– Je ne chicanerai pas sur le prix, mais je ne veux pas entrer dans une petite exploitation. Je n’ai pas peur de la fatigue, mais il me faut de l’air et de l’espace.

– Tu en tiens décidément pour le grand air. Tu seras satisfait. Le ranch du Poteau est très vaste, avec des bois, des prairies et des rivières et le travail n’est pas pénible.

En entendant nommer le ranch du Poteau, Floridor n’avait pu réprimer un tressaillement. Il allait donc se trouver, du premier coup au cœur de la place ennemie.

– C’est entendu, dit-il vivement. C’est vous le patron ?

– Non, mais c’est tout comme. Il y a vingt ans que je suis au ranch. J’ai la confiance de Mr Benazy, comme j’avais celle de Mr Randall, quand il s’occupait de sa propriété, mais il y a plus d’un an que nous ne l’avons vu. Moi je suis Ned Hopkins, un des plus anciens du pays. J’ai vu bâtir la ville d’Harrisburg.

Après une courte discussion, dans laquelle Floridor se montra très arrangeant, il fut définitivement embauché et reçut séance tenante cinquante dollars à titre d’arrhes, puis, il prit place dans une charrette attelée d’un poney, aux côtés d’Hopkins et tous deux se dirigèrent vers le ranch du Poteau où le Canadien devait entrer immédiatement en fonction.

Sans avoir dans son enquête autant de chance que Floridor, Todd Marvel, de son côté, avait recueilli quelques renseignements sur l’homme auquel il allait avoir affaire.

Malheureusement, ces renseignements étaient assez vagues : Mr Benazy, que les uns disaient Syrien, d’autres, Hindou d’origine, était âgé d’une quarantaine d’années et marié à une femme de sa race. Il n’y avait guère plus d’un an, qu’il dirigeait l’exploitation et il y réussissait d’ailleurs merveilleusement. Il sortait peu, ne fréquentait personne, mais passait pour très généreux et très bon envers son personnel ; il était estimé dans le pays, enfin personne n’avait entendu dire qu’il eût avec lui un parent âgé ou malade.

À l’Hôtel Washington, le milliardaire s’était fait inscrire sous le nom du Dr Jarvis, voyageant pour ses affaires. Il venait de finir de déjeuner, quand on lui remit à ce nom, un billet que le Canadien avait jeté à la poste, avant de quitter les environs de la gare. Il ne contenait que cette phrasé : Tout va bien. Floridor avait donc réussi à pénétrer dans le ranch, c’était là un premier succès ; maintenant c’était au tour de Todd Marvel d’agir.

Après avoir étudié son itinéraire sur une carte de la région, le milliardaire se mit en route, sans prévenir personne de la visite qu’il allait faire. Comme le temps était beau, il résolut de faire la route à pied ; de cette façon, il ne mettrait aucun voiturier dans sa confidence.

Le paysage était très pittoresque et rappelait certains cantons de l’Écosse. Des bois de noirs sapins alternaient avec des collines couvertes de gazon, dans les vallons, arrosés par de nombreux petits ruisseaux, bordés de peupliers, de superbes troupeaux de bœufs et de moutons paissaient tranquillement. Les routes, empierrées avec un soin qu’on trouve rarement en Amérique, étaient séparées des prés et des champs par des haies bien entretenues et de solides palissades. Tout respirait l’ordre, le calme et la prospérité.

Entourée d’un bois de chênes, la maison d’habitation du ranch était une spacieuse et confortable bâtisse à deux étages, avec une terrasse à l’italienne. Elle s’élevait à une certaine distance de la route dont elle était séparée par une haute muraille couronnée de lierre d’Irlande à larges feuilles.

Todd Marvel eut un moment l’illusion de se trouver dans quelque paisible campagne du Vieux Monde.

Il sonna à une petite porte, un domestique noir vint lui ouvrir et lui demanda avec beaucoup de politesse ce qu’il désirait.

– Je voudrais parler à Mr Benazy, répondit le milliardaire.

– Il est là, il vient justement de rentrer, qui dois-je annoncer ?

– Dites-lui simplement que c’est le docteur. Il m’attend.

– Je vais le prévenir. Veuillez vous donner la peine d’entrer.

À la suite du Noir, Todd Marvel traversa un parterre orné de corbeilles de fleurs, que séparaient des allées sablées, ratissées avec soin. Blanchie à la chaux, la façade de la maison disparaissait à moitié sous le feuillage des glycines et des clématites qui encadraient coquettement les fenêtres. Dans un coin, un jardinier à la physionomie débonnaire taillait des rosiers en sifflotant.

De ce décor de luxe rustique, il émanait une atmosphère de sécurité, de bien-être et de gaieté tranquille qui fit réfléchir le détective.

– Si je n’étais aussi sûr de mon fait, je croirais m’être lourdement trompé. Ce n’est certes pas là un de ces sinistres repaires où l’on séquestre les gens...

Il était entré dans un vestibule dallé de mosaïque et décoré de statues japonaises, en bronze, de grande valeur, où il dut attendre quelques minutes. Le Noir s’était éclipsé. Il revint bientôt, la mine souriante.

– Mr Benazy va vous recevoir, annonça-t-il, je vais vous conduire.

S’effaçant respectueusement, il ouvrit la porte d’un ascenseur dissimulé dans un renfoncement du vestibule, y fit monter Todd Marvel à côté duquel il prit place. L’appareil s’arrêta au deuxième étage sur un palier où donnaient plusieurs portes. Avec les mêmes façons obséquieuses, le Noir en ouvrit une qui accédait à un petit salon richement meublé.

– Mr Benazy sera ici dans une minute.

Todd Marvel, machinalement, entra, s’assit sur un divan et jeta un coup d’œil distrait sur l’ameublement. Il était, comme celui du vestibule, de style oriental. Les murs étaient tendus de soie écarlate, brodée de dragons d’or et de fleurs chimériques ; les meubles d’ébène fleuris de nacre étaient de style japonais et, dans chaque angle, des armures d’écaille aux masques hideux étaient dressées sur des piédestaux. Sur un guéridon, un plateau de laque du Coromandel supportait tout un attirail de fumeur d’opium, la pipe, la lampe et les longues aiguilles d’argent. Près de la haute fenêtre qui éclairait la pièce, une bibliothèque renfermait une centaine de volumes anglais ou français richement reliés.

Enfin – ce qu’il était assez étonnant de trouver dans un salon – un buffet vitré était rempli de vaisselle et un vaste lit divan montrait que la pièce pouvait, à volonté, se transformer en chambre à coucher.

Todd Marvel venait de se faire cette réflexion, lorsque tout à coup d’épais volets de fer intérieurement matelassés se rabattirent automatiquement et la pièce se trouva plongée dans les ténèbres.

D’un mouvement instinctif, le détective se précipita vers la porte ; il la trouva fermée, et, au contact glacé du métal, il reconnut qu’elle était en fer ou en acier.

Il était pris au piège, dans lequel il était entré si imprudemment.

Une minute s’écoula pendant laquelle il erra en tâtonnant au hasard, se cognant à tous les meubles, puis le lustre électrique du plafond s’alluma. Le détective aperçut alors, avec une indicible satisfaction, un appareil téléphonique, placé bien en vue, au centre de la pièce, sur un guéridon.

– Si habiles que soient mes adversaires, se dit-il avec un sang-froid parfait, ils ont commis une lourde faute.

Sans plus attendre, il décrocha le récepteur de l’appareil, avec l’intention bien arrêtée d’aviser de sa bizarre situation le chef de la police d’Harrisburg.

– Allô !

– Allô ! Mr Todd Marvel, répondit dans l’appareil la voix d’Ary Morlan.

– Je suis Todd Marvel, répondit le détective, en s’efforçant de dissimuler le dépit qu’il ressentait.

– Vous êtes vexé, reprit Ary Morlan avec beaucoup de calme, c’est aisé à deviner, aussi pourquoi vous êtes-vous mêlé de mes affaires ? Maintenant, vous êtes à mon entière discrétion.

– Ne croyez pas cela. J’ai des amis qui savent où je suis allé, et qui agiront, s’ils ne me voient pas revenir.

– Ne comptez pas sur vos amis. Votre Canadien, qui a cru faire un coup de maître en s’introduisant dans le ranch, n’y a réussi que parce que je l’ai bien voulu. C’est par mon ordre, qu’on est allé le cueillir à la gare, dès son arrivée, vous m’entendez bien ? À l’heure qu’il est, bien qu’il ne s’en doute pas, il est, comme vous, entièrement en mon pouvoir.

– Que voulez-vous de moi ? demanda Todd Marvel exaspéré.

– Voici mes conditions : d’abord vous signerez pour trois millions de dollars de valeurs à mon ordre – il y a des traites en blanc sur le bureau – vous êtes très riche, c’est là une somme insignifiante pour vous. Ce n’est pas tout, vous prendrez l’engagement d’honneur de ne pas me dénoncer et de ne plus jamais vous mêler de ce qui me concerne. Je vous connais assez pour savoir que vous êtes homme à tenir votre parole, même donnée dans ces conditions.

– Et si je refuse ? bégaya le milliardaire, bouillant d’indignation.

– Ce sera tant pis pour vous, et aussi pour deux jeunes misses auxquelles vous portez un grand intérêt.

Cette menace porta à son comble l’exaspération de Todd Marvel.

– Je n’accepte pas vos conditions ! s’écria-t-il d’une voix tonnante. Faites ce qu’il vous plaira ! Je ne m’abaisserai jamais devant un bandit tel que vous !

– Il suffit. Vous pourrez me téléphoner quand le jeûne et la solitude auront suffisamment modifié votre manière de voir. Je vous préviens seulement qu’alors, je serai devenu beaucoup plus exigeant.

Ary Morlan avait raccroché le récepteur. Presque aussitôt, le lustre s’éteignit et Todd Marvel se trouva plongé dans d’épaisses ténèbres.

Floridor avait du premier coup gagné la sympathie du vieil Hopkins. Celui-ci avait tenu à le mettre lui-même au courant de la besogne et avait reconnu avec plaisir qu’ils avaient tous deux les mêmes idées sur la façon de soigner le bétail. En parcourant à cheval toutes les parties de l’immense propriété, ils avaient longuement causé ; c’est ainsi que Floridor fut mis au courant d’un fait qui lui donna fort à penser.

– C’est curieux, dit le vieillard, qui ne pouvait deviner la portée de ses paroles, on eût dit que Mr Benazy pensait à toi, quand il m’a envoyé à la gare, pour embaucher le serviteur qui nous manquait. Il a déclaré qu’il voulait un Canadien jeune, robuste, enfin tout ton portrait.

– C’est singulier !

– N’est-ce pas ? Et le plus drôle, c’est que lorsqu’en rentrant je suis allé lui rendre compte de ma mission, il était déjà renseigné.

– Quelqu’un nous aura entendus et le lui aura dit, murmura Floridor pris d’une vague inquiétude.

« Est-ce que j’aurais été déjà reconnu et signalé ? se demanda-t-il.

En y réfléchissant, il pensa qu’il n’y avait là qu’un simple hasard et n’y songea plus. Il eut d’ailleurs d’autres préoccupations.

Il avait espéré pouvoir s’échapper pour assister à l’arrivée de Todd Marvel afin de pouvoir lui prêter main-forte au besoin, mais Hopkins l’emmena à l’autre extrémité du domaine, très loin de la maison d’habitation. Ils ne rentrèrent qu’au coucher du soleil.

Assez mécontent, le Canadien partagea pourtant de bon appétit le repas des hommes du ranch, servi dans une longue salle blanchie à la chaux, située au-dessous des greniers ; ce repas se composait uniquement d’une énorme tranche de bœuf rôti, entourée de pommes de terre bouillies et arrosée de petite bière. Ensuite, on montra au Canadien la chambre qui lui était destinée, une sorte de cellule aux murs nus, mais éclairée à l’électricité et munie d’un appareil à douches.

– Je vais me coucher, déclara Hopkins qui tombait de sommeil, mais tu peux aller faire un tour en ville. Ici, liberté complète, pourvu qu’on ait fait sa besogne.

Floridor ne se le fit pas dire deux fois et s’éclipsa, mais au lieu de prendre le chemin d’Harrisburg, il se glissa derrière les bâtiments d’exploitation et longea l’épaisse haie qui clôturait le bois de chênes, derrière lequel s’élevait la maison d’habitation. Après avoir fait une centaine de pas, il profita d’une brèche pour franchir la haie et se trouva dans le bois.

Grâce au clair de lune, il y voyait assez pour s’orienter. Il marcha droit à la maison dont la masse blanche lui apparaissait de loin par-dessus la cime des arbres.

Brusquement, il s’arrêta et tendit l’oreille. Les feuilles sèches du sentier bruissaient sous un pas alourdi, quelqu’un allait venir. Le Canadien se tapit derrière un gros tronc et retint son souffle.

Dans la pénombre, il distingua la silhouette d’une femme chargée d’un lourd panier. Après une minute d’hésitation, il la suivit.

Elle s’arrêta bientôt à la porte d’une petite construction, qui devait être une maison de garde, posa son panier à terre et tira une clef de sa poche.

Floridor put alors constater que le panier renfermait un pain, des bouteilles, tous les éléments d’un solide repas.

La femme pénétra dans la maisonnette en refermant soigneusement la porte derrière elle. Elle ressortit cinq minutes plus tard. Le Canadien bondit sur elle, et, avant qu’elle eût eu le temps de jeter un cri, lui serra la gorge à l’étrangler.

L’inconnue se débattait avec une force que Floridor n’eût pas soupçonnée ; mais elle n’était pas de force à lutter avec un tel colosse. Après une courte lutte, il réussit à la bâillonner avec son mouchoir de poche, puis, il lui lia les pieds et les mains. Alors, il ramassa la clef qui était tombée à terre et pénétra à son tour dans la maisonnette.

Là, un spectacle lamentable s’offrit à ses regards. Un vieillard aux traits creusés par la maladie, à la barbe inculte, était assis dans un fauteuil délabré, enveloppé dans une vieille pelisse de fourrure, en dépit de laquelle il semblait grelotter. À la vue du Canadien, le vieillard avait eu un geste épouvanté.

– Ne me tuez pas ! bégaya-t-il.

– Mais non, dit Floridor, ému de pitié, ne craignez rien. Vous êtes Mr Jack Randall ?

– Hélas ! murmura le malheureux.

– Je suis venu pour vous délivrer...

– Vous ne me trompez pas, au moins ? Ce n’est pas un nouveau piège qui m’est tendu ? Si vraiment, vous êtes venu dans de bonnes intentions, dites-moi où je suis.

– Comment, répondit le Canadien stupéfait, mais vous ne le savez donc pas ? Vous êtes dans votre ranch du Poteau.

– C’est que je suis venu ici, sans savoir comment... Il y a plus d’un an qu’on ne m’a laissé sortir. Et si vous saviez ce que j’ai souffert ! Ils m’ont torturé, empoisonné lentement. Ici je n’ai le droit de manger qu’après avoir signé sans les lire tous les papiers qu’on me présente... Hopkins est-il toujours là ?

La réponse affirmative de Floridor amena un faible sourire sur son visage flétri.

– Hopkins m’est très dévoué, fit-il, il ignorait que j’étais là, sûrement...

– Alors, hâtons-nous de le rejoindre, car nous ne sommes pas en sûreté, ici. Pouvez-vous marcher ?

Le vieillard voulut se lever, mais il était si faible qu’il retomba dans son fauteuil.

– Cela ne fait rien, dit Floridor, sincèrement apitoyé. Je vais vous porter.

Et il prit Jack Randall dans ses bras sans le moindre effort. Le malheureux d’une maigreur de squelette ne pesait pas plus qu’un enfant.

En sortant de la maisonnette, le Canadien eut la surprise de ne plus retrouver sa prisonnière. Elle avait trouvé moyen de se débarrasser de ses liens et de prendre la fuite. Benazy allait être prévenu, il n’y avait pas un instant à perdre.

Malgré son fardeau, Floridor regagna en courant la brèche par laquelle il s’était introduit dans le bois. Des aboiements et des coups de feu qu’il entendait du côté de la maison d’habitation lui firent encore hâter sa marche, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à la grande salle où quelques-uns des hommes du ranch étaient demeurés à jouer aux cartes. Brisé par tant d’émotions, Jack Randall s’était évanoui, il fut confié aux soins d’Hopkins qui, réveillé en sursaut, venait de descendre et demeurait muet de stupeur et d’indignation en voyant dans quel pitoyable état se trouvait son vieux maître.

Un Noir – le même qui avait introduit Todd Marvel – avait assisté à cette scène, immobile dans un coin de la salle ; quand il vit la tournure que prenaient les événements, il chercha à se faufiler du côté de la porte. Floridor, qui s’était aperçu de son manège, lui barra le passage.

– Où vas-tu ? lui demanda-t-il. Et d’abord que faisais-tu là ?

– Mr Benazy m’avait envoyé chercher le Canadien, qui est arrivé de ce matin. J’attendais qu’il soit rentré.

– Eh bien, le Canadien c’est moi. Tu as bien fait de rester. J’ai des questions à te poser. Est-il venu quelqu’un voir ton patron cet après-midi ?

– Non.

– Tu mens, reprit Floridor, en empoignant le Noir par une de ses larges oreilles. Allons parle, ou je prends mon browning.

– Il est venu un médecin, balbutia le Noir consterné.

– Et il est reparti ? Tu ne réponds pas ?

Floridor avait tiré de sa poche un browning de gros calibre.

– Il n’est pas reparti, articula le Noir.

– Tu vas me conduire immédiatement où il est, sans cela, gare à ta vilaine peau !

Sur l’ordre d’Hopkins, quatre solides cow-boys se joignirent au Canadien qui tenait toujours son Noir par l’oreille et la petite troupe coupant au plus court par le bois se dirigea vers l’habitation.

Ils ne rencontrèrent personne dans le bois, personne dans la maison dont les portes étaient grandes ouvertes. L’auto n’était plus sous le hangar, tout annonçait une fuite précipitée.

Le Noir indiqua sans se faire prier la chambre où Todd Marvel était prisonnier et donna la clef qui ouvrait la porte de fer.

Ses sauveurs durent réveiller le milliardaire. Étendu sur le divan-lit, il dormait d’un profond sommeil.
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