Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route








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Le pneu quadrillé


Une demi-heure s’était écoulée depuis le départ de Miss Elsie et de son amie, et Peter David était encore à la même place, affalé sur une banquette de l’antichambre.

Le brave Noir était à la fois furieux et inquiet.

Il était très vexé dans son amour-propre de serviteur de confiance que sa jeune maîtresse n’eût pas voulu l’emmener, de plus les allures taciturnes et tant soit peu mystérieuses de l’homme à la pelisse de renard ne lui inspiraient pas confiance.

Mr Todd Marvel, sans nul doute, blâmerait sa fiancée de s’être aventurée ainsi à la légère. Pourtant l’existence de la lettre était un fait rassurant.

Si du moins Miss Elsie avait eu la bonne idée de téléphoner à Harrisburg avant de partir, la plus élémentaire prudence le commandait.

Il se dit tout à coup que ce qu’elle n’avait pas fait, rien ne l’empêchait de le faire. Que n’y avait-il pas pensé plus tôt.

Il décrocha le récepteur de l’appareil placé dans l’antichambre et demanda Harrisburg.

– Harrisburg n’a pas le téléphone avec Chicago, lui expliqua courtoisement l’employé, la ligne est en construction, mais si vous voulez envoyer un télégramme...

De plus en plus mécontent, le Noir raccrocha le récepteur, et en désespoir de cause il se disposait à aller rejoindre son ami Washington, le chef de l’huîtrerie, quand un des boys de l’étage lui remit une carte postale pour Miss Elsie.

Il jeta les yeux sur la signature, c’était celle de Todd Marvel.

– Lisons cela, se dit le brave Noir après avoir hésité une seconde, en l’absence de Miss, c’est presque mon devoir...

La carte ne contenait que ces quelques lignes griffonnées en hâte :

Chère Elsie, j’ai réussi de façon très complète, Jack Randall est retrouvé et votre amie rentrera en possession de ses actions, mais je suis obligé de demeurer encore un jour à Harrisburg.

Jusqu’à mon retour, soyez très prudente, ne recevez aucune visite, sortez le moins possible et jamais sans être accompagnée par Betty et David. J’ai des raisons de craindre qu’Ary Morlan ne s’en prenne à vous de la défaite qu’il a essuyée, Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance de ma recommandation.

Votre très affectueux et dévoué, Todd...

– Quel malheur ! balbutia le Noir avec accablement, la première lettre était fausse c’est sûr... Voilà les deux misses enlevées par des bandits !... Que va me dire Mr Todd Marvel ? Car c’est un peu de ma faute, j’aurais dû empêcher Miss Elsie de partir.

Affolé à l’idée de la responsabilité qu’il croyait avoir encourue, Peter David courut trouver sa femme Mrs Betty et la mit au courant.

La dévouée chamber-maid se montra tout aussi alarmée que son mari auquel elle ne ménagea pas les reproches.

– Tu es d’une négligence impardonnable, lui dit-elle sévèrement, il fallait insister pour qu’on t’emmène ! Il fallait, au moins, me prévenir. Et Miss Elsie qui ne m’a rien dit, qui est partie sans crier gare !

– Nous allons tâcher de la retrouver, murmura piteusement l’époux, ainsi pris à partie.

– Et comment ? répliqua Mrs David avec aigreur. Elle est loin maintenant ! Vraiment je ne sais pas pourquoi j’ai épousé un homme aussi peu débrouillard, aussi incapable !

Quand la colère de la dame fut un peu calmée, les deux époux tinrent conseil.

– D’abord, je t’accompagne, déclara Betty péremptoirement, quand tu es seul, tu ne fais que des sottises. Il faut retrouver les deux misses coûte que coûte. Commence par descendre au hall et tâche de savoir quelle direction a prise la voiture. Je te rejoins dans une minute. Surtout n’oublie pas ton browning.

– Je vais d’abord interroger les boys de l’étage, ils ont peut-être entendu Miss Elsie parler de l’endroit où elle allait.

– Les boys ne t’apprendront rien. Naturellement Miss Elsie croit aller à Harrisburg, mais ceux qui ont si habilement fabriqué la fausse lettre l’ont probablement emmenée dans une direction tout à fait différente.

Malgré cette objection, le Noir, très têtu de son naturel, suivit sa première idée. Bien lui en prit, car le boy de l’ascenseur affirma avoir entendu Miss Gladys déclarer qu’elle se rendait à la Pacific Bank. Il y avait même eu une discussion à ce sujet entre les deux amies.

Peter David, on le sait, avait successivement exercé les métiers de prospecteur, de cow-boy et même de bandit, et de cette existence aventureuse en Louisiane et dans le Colorado, il avait rapporté certains talents, qui, pour n’être pas très fréquemment utilisables, n’en offraient pas moins quelques avantages.

À l’école de ces rastréros mexicains, capables de suivre un homme à la piste sur n’importe quel terrain, le Noir avait appris à reconnaître les traces presque imperceptibles que laisse un fugitif en marchant sur un gazon épais, sur la mousse, sur le roc, ou même sur des dalles de marbre ou de granit parfaitement polies.

Cette singulière faculté que les non-initiés prendraient pour de la divination, il allait essayer de la mettre à profit pour retrouver les deux misses.

Il savait déjà que l’auto dont s’étaient servis les ravisseurs était une 60 H. P., de grand luxe, dont la carrosserie était peinte en rouge cerise, il avait le signalement du chauffeur ; enfin il avait appris qu’en quittant le Gigantic Hotel Miss Elsie s’était rendue à la Pacific Bank.

C’était là qu’il fallait commencer par se rendre, mais auparavant, le Noir étudia avec une attention extraordinaire, l’endroit où avait stationné l’auto rouge. Les traces laissées par les roues étaient encore assez nettes pour qu’on pût distinguer le quadrillage des pneus qui, d’une marque très récente, ne ressemblaient à aucun autre.

Ce ne fut qu’après avoir bien fixé dans sa mémoire le dessin de ce quadrillé, que Peter David alla dans les remises du Gigantic Hotel chercher la voiture de Todd Marvel, il en vérifia soigneusement le réservoir à essence, les pneus et le coffre à outils avant de mettre le moteur en marche.

Il venait de prendre place sur le siège et pestait déjà contre la lenteur de Betty lorsqu’il la vit paraître.

– Tu as été longtemps, grommela-t-il.

– Parce que j’ai heureusement un peu plus de tête que toi. Tu avais oublié le principal.

– Quoi donc ?

– Et parbleu ! Ne fallait-il pas prévenir Mr Todd Marvel ?

– C’est vrai !

– J’y ai pensé heureusement. Je viens de lui expédier au bureau de l’hôtel un long télégramme.

– Tu as bien fait.

– Tu trouves ? Seulement, sans moi, tu oubliais la chose essentielle.

Le Noir courba la tête sous ce reproche pendant que Betty s’installait tranquillement sur les confortables coussins pneumatiques de la Rolls-Royce.

À la banque où Miss Gladys Barney était très connue, Peter David put apprendre que la jeune fille avait encaissé une somme considérable ; elle était ensuite remontée avec son amie dans une grande auto rouge qui s’était dirigée vers l’ouest de la ville.

Le renseignement ne fit qu’augmenter les craintes des deux époux.

Il leur paraissait clair qu’on avait attiré Miss Gladys dans un traquenard pour la voler.

En face de la banque, la trace des pneus se retrouvait parfaitement visible. C’était cette trace qu’il s’agissait de suivre à travers la ville, et de discerner parmi l’écheveau embrouillé des empreintes laissées par les roues des véhicules de tout genre.

Ce tour de force n’était pas en réalité pour Peter David aussi difficile à réaliser qu’il le paraissait de prime abord.

Malgré son luxe, malgré ses maisons à vingt ou trente étages, la ville de Chicago renferme encore beaucoup de rues dont le sol même constitue tout le pavage. Là, les empreintes étaient très nettes.

En outre, l’encombrement même des véhicules avait à plusieurs reprises forcé l’auto rouge à stationner. Là encore, si peu plastique que fût le pavage, Peter David arrivait à y discerner les empreintes du fameux quadrillé.

Enfin le Noir avait, dans l’écartement des roues – soigneusement mesuré par lui –, un autre point de repère très précieux.

En dépit de ces indices presque imperceptibles pour d’autres yeux que les siens, Peter David dut s’arrêter vingt fois pour ne pas perdre la bonne piste ; encore faillit-il la perdre à deux reprises différentes, et dût-il revenir sur ses pas et sacrifier un temps précieux avant de la retrouver.

Pourtant, il ne se décourageait pas. Il savait bien, qu’à mesure qu’il s’éloignait du centre de la ville et qu’il se rapprochait des faubourgs, ses chances de succès augmentaient.

Chicago est le point d’aboutissement de vingt lignes ferrées, Peter approchait de la zone où les rails des voies, brutalement jetés en travers des rues, imposent des arrêts à toute espèce de véhicules.

Comme il l’avait prévu, il retrouva, cette fois très nettement imprimées sur le sol boueux les empreintes laissées par l’auto rouge.

Quand il eut dépassé les faubourgs, il eut la certitude que le ravisseur des deux jeunes filles n’avait pu prendre qu’une seule direction, celle de l’Ouest, et que par conséquent il s’était rendu dans l’État de Wyoming. Maintenant qu’il tenait une piste sérieuse, il allait pouvoir regagner le temps perdu...

Il mit son moteur en quatrième vitesse et ne s’occupa plus de vérifier les empreintes des roues.

À mesure qu’il avançait sa tâche devenait de plus en plus facile. Les routes carrossables très nombreuses aux approches des villes sont rares et mal entretenues sitôt qu’on s’en éloigne.

Deux ou trois fois, à l’entrée d’un village ou d’un ranch, Peter David fit halte pour questionner les gens du pays. Leurs réponses lui prouvèrent qu’il ne s’était pas trompé.

Deux heures auparavant, en effet, on avait vu passer une grande et luxueuse automobile dont la carrosserie était peinte en rouge cerise et qui renfermait deux jeunes filles vêtues avec élégance.

Malheureusement la nuit venait à grands pas. Lorsque le Noir atteignit la forêt de sapins que nous avons décrite, l’obscurité était complète et rendue encore plus épaisse par le feuillage des arbres.

Force fut au Noir de ralentir. Pour ne pas donner l’éveil à ceux qu’il poursuivait, il n’osait allumer les puissants phares électriques de la voiture, dont l’éclat aurait immédiatement décelé sa présence.

Il avait cependant bon espoir ; dans le lointain, il distinguait une faible lumière et un secret pressentiment lui disait que les deux jeunes filles n’avaient pas dû aller plus loin.

En sortant de la forêt, il se trouva dans une avenue parfaitement droite à l’extrémité de laquelle la lumière qu’il avait entrevue lui apparut de nouveau plus distincte et plus rapprochée.

Il augmenta un peu sa vitesse. Il voyait maintenant à un quart de mille de lui se profiler de hauts bâtiments, dont les fenêtres étaient vivement éclairées.

Tout à coup, un choc très violent se produisit. La voiture venait de heurter une grosse corde tendue en travers de la route, et avait été brutalement projetée contre un tronc d’arbre.

Peter David gisait à terre le crâne fendu ; Betty, presque aussi grièvement blessée, avait une épaule démise et elle s’était coupée à la joue et au front avec des éclats de verre provenant d’une des glaces brisées.

Le feu avait pris au réservoir d’essence et les deux blessés toujours évanouis couraient grand risque d’être brûlés vifs, lorsque plusieurs hommes, les mêmes qui avaient tendu la corde, sortirent d’un taillis où ils s’étaient tenus cachés.

– En voilà deux qui ne nous dérangeront plus, fit un des hommes.

– Aussi, ajouta un autre, de quoi se mêlent-ils ? Ça leur apprendra à s’occuper de ce qui ne les regarde pas.

– Que faut-il en faire ? Ils doivent être en piteux état.

– Nous allons voir cela !

Le plus âgé des hommes, un maigre vieillard au teint basané avait tiré de sa poche une lampe électrique. Il examina successivement Betty et David et s’assura qu’ils étaient encore vivants.

– Ils sont blessés, déclara-t-il, mais pas mortellement. Il faut les transporter dans la chambre qui donne sur la cour, puis Mr Ary Morlan nous dira ce qu’il faut en faire.

Deux brancards furent improvisés à l’aide de branches d’arbres et les deux blessés furent emportés dans l’intérieur du bâtiment qu’on apercevait à l’extrémité de l’avenue.

Auparavant, les bandits avaient éteint le commencement d’incendie du réservoir d’essence.

Ils revinrent bientôt et, non sans peine, transportèrent les débris de l’auto dans la cour intérieure.

Un quart d’heure après, il ne restait plus trace de l’accident provoqué par les bandits.

III



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