Littérature québécoise








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Mort naturelle


Ninon passa près d’un an à l’hôpital. Au printemps, le spécialiste qui la soignait, déclara à son mari :

– Nous pouvons maintenant affirmer qu’elle est guérie. Cette crise de folie, est due probablement à son accouchement ; il est très difficile de savoir ce qui l’a provoquée. Si jamais vous décidiez d’avoir d’autres enfants, je ferais suivre madame régulièrement et je dirais toute la vérité à son médecin.

– Ne craignez rien docteur, nous n’aurons pas d’autres enfants. Si nous en désirons un, nous passerons par l’adoption.

– C’est une très bonne décision. Votre épouse sait maintenant ce qui s’est passé. Elle s’est pardonné. Évitez de lui parler de votre enfant. J’espère que vous avez fait disparaître tout ce qui appartenait au bébé ?

– Depuis longtemps.

– Je conseille du repos à votre épouse. Si vous pouviez l’éloigner de la ville. J’ai longuement discuté avec elle, elle m’a dit qu’elle adorait la campagne. Elle m’a parlé d’un endroit dans les Laurentides où vivent quelques-uns de ses parents...

– Oui, à Labelle. J’avais justement l’intention d’en causer avec Ninon. Il y a une jolie maison à louer, non loin du domaine de son oncle. Pour moi, ce sera difficile de voyager tous les jours, mais je suis prêt à faire ce sacrifice. Si parfois je dois demeurer à Montréal pour plus d’une journée, elle ne sera pas seule. Elle s’entend fort bien avec l’épouse de son cousin.

Le docteur approuva l’initiative. Il était persuadé que Ninon accepterait de vivre dans les Laurentides. Lorsque Hubert lui fit part de son projet, la jeune femme parut enthousiaste.

– C’est près du château des Brébœuf, cette maison ?

– Oui, c’est sur le domaine. Autrefois, des domestiques logeaient dans cette maison. Ton oncle Hector n’a jamais voulu la louer. Il y a en fait deux maisons, l’une plus petite où vit Ernest qui est à l’emploi de la famille depuis des années. La plus grande maison, Roland en a discuté avec son père et il nous la louerait. Ton oncle Hector est malade depuis plusieurs semaines. Il souffre de gastro-entérite. Il ne sort plus du château, même que le soir, il s’enferme toujours dans sa chambre. C’est Gertrude qui dirige la maison et Roland s’occupe de l’entretien. Il m’a dit qu’il venait de retenir les services d’une dame comme gouvernante. Elle a déjà été aide-infirmière dans un hôpital. Alors, elle veille sur ton oncle. Parfois, les fins de semaine, Hervé et Pierre se rendent au château.

– Et Richard, le plus vieux, tu as de ses nouvelles ?

– Il habite toujours Québec. Il ne va dans les Laurentides que deux ou trois fois par année, c’est du moins ce que m’a dit Roland.

Hubert n’avait pas visité la maison mais Roland lui avait assuré qu’elle était fort bien meublée.

– Des meubles antiques, évidemment. Il y a deux chambres, un vaste salon, un vivoir qui peut servir de salle de lecture en plus d’une bibliothèque et de nombreux bouquins. Cette maison servait à recevoir parents et amis. Mais le château est tellement grand qu’on peut y coucher de nombreuses personnes. Le set de cuisine est ancien, m’a affirmé Roland mais les accessoires comme le poêle électrique, le réfrigérateur et le lave-vaisselle sont des plus modernes. Il ne manque qu’une chose, c’est une laveuse-sécheuse. Mais la cave de cette maison n’est pas suffisamment profonde. Ton oncle Hector voulait la faire creuser. Gertrude acceptera avec plaisir que tu ailles faire ton lavage au château. Nous partirons d’ici en n’emportant que le strict nécessaire.

Mais avant de déménager, ils se rendirent dans les Laurentides, visiter la maison.

Les Lanthier trouvèrent l’oncle Hector très changé. Il avait beaucoup maigri. Il ne parlait pratiquement jamais. Lorsque Gertrude accompagna les Lanthier à la maison qu’on voulait leur louer, elle expliqua :

– Mon beau-père souffre beaucoup. Le docteur parle toujours de gastro-entérite. Monsieur Hector a les muqueuses de l’estomac et des intestins très enflées. Roland voudrait que son père séjourne à l’hôpital. La vérité, c’est que mon mari craint que son père souffre de cancer. Mais monsieur Hector ne veut pas entendre parler d’hospitalisation. Il n’a confiance qu’en son vieux médecin de famille, le docteur Gouneau.

La maison plut énormément au couple.

– L’été débute, dit Gertrude, c’est le plus beau temps. Et vous verrez en octobre, la féerie des couleurs, c’est extraordinaire. Comme Roland le disait, l’hiver vous pourrez, si vous préférez, louer un appartement à Montréal. Pour quelqu’un qui doit voyager matin et soir, certains jours, c’est difficile, à cause des tempêtes.

Roland était agent d’immeubles et ne travaillait que dans la région des Laurentides. Ça lui permettait donc d’habiter le château, hiver comme été et de veiller à son entretien.

Deux semaines plus tard, le couple Lanthier s’installait dans la nouvelle maison.

– Même si nous avions loué un meublé, à Montréal, nous en accumulons quand même des choses, dit Hubert à Roland. Il m’a fallu louer un plus gros camion que je ne croyais.

Hervé et Pierre, en apprenant la nouvelle de la venue des Lanthier à Labelle, étaient arrivés le vendredi. Ils aidèrent Hubert à décharger le camion et à tout mettre en ordre dans la maison. On ne voulait pas que Ninon se fatigue.

Le gros Pierre se chargeait des boîtes les plus lourdes.

– Ça va me faire maigrir. Si seulement je pouvais en donner un peu à mes frères. Eux, ce sont des squelettes, j’ai tout pris la graisse pour moi. Force pas trop, Hervé, tes os vont casser.

Hubert prit Pierre à part.

– Veux-tu, s’il te plaît, ne pas parler de squelettes devant Ninon ?

– Ça l’offense ? Moi, je la trouve bien, ta femme. Parle-moi pas d’une planche à pain comme Gertrude.

Hervé avait entendu la phrase de son frère :

– Tu sauras que ta belle-sœur est fort bien faite.

Pierre répliqua :

– Je ne serais pas surpris que tu l’aies tâtée partout, tu l’haïs pas, la Gertrude. T’as déjà tout fait pour la séparer de ton frère.

Hervé grogna :

– Mêle-toi de ce qui te regarde. Tu parles toujours à travers ton chapeau.

– Impossible, j’en porte jamais.

Hubert expliqua aux deux frères :

– Il faut éviter de parler de morts, de fantômes, de sorciers et de squelettes devant Ninon. Ça l’impressionne trop.

Pierre alors ajouta :

– Elle n’aurait jamais dû venir habiter ici. Le château a déjà été hanté, elle le sait ?

– Oui, elle a lu toutes les légendes se rapportant à votre famille. Mais maintenant, elle ne craint plus rien. Cependant, évitons d’en parler.

Et ce soir-là, Hubert et Ninon furent invités à manger au château. Hector cependant ne voulut pas se joindre à ses enfants et aux invités. Il ne voulait pas quitter sa chambre.

Roland présenta la gouvernante :

– Madame Aline Rivard, elle s’occupe de papa.

Ninon déclara alors, à la surprise d’Hubert :

– J’ai hâte de pouvoir causer avec lui. J’ai plusieurs questions à lui poser.

– Concernant quoi ? demanda son mari.

Et en esquissant un sourire, Ninon avait répondu :

– C’est un secret.

Aline cependant le rassura en déclarant :

– Monsieur Brébœuf est très taciturne. Il sort de sa chambre, parfois, durant le jour. Le soir, il reste toujours enfermé et il ne parle pas. Tenez, moi, je le soigne et il m’adresse à peine la parole. Il passe ses journées à lire. Il dévore des lectures sur les fantômes, les morts-vivants, les ressuscités, toutes des choses impossibles.

Évidemment, Hubert craignait toujours une rechute pour sa femme et il ne voulait pas qu’elle discute avec l’oncle qui lui rappellerait sûrement son passé.

Mais dès le lundi, en revenant de son travail, Gertrude lui apprit que Ninon avait passé près de deux heures avec Hector.

– Deux heures, mais qu’est-ce qu’ils ont fait ?

– Causer, sans doute. Ça me surprend de papa. Lui qui ne nous adresse même pas la parole.

Hubert questionna sa femme.

– Mon oncle ne parle pas à ses enfants tout simplement parce qu’on ne l’écoute pas ou encore parce qu’ils savent déjà tout ce qu’il va dire. Moi, il m’a parlé du château, de ceux qui l’ont construit, qui l’ont habité depuis plusieurs années. Mais entre nous, Hubert, je crois que la maladie, la douleur a fait perdre la tête à mon oncle.

– Pourquoi dis-tu ça ?

– Il est persuadé qu’il ressuscitera comme sa grand-mère. Il dit qu’elle vit toujours, qu’elle hante le château et qu’il la voit souvent la nuit, quand elle lui rend visite. Autrefois, ça m’aurait impressionnée. Mais à l’hôpital, j’ai eu tellement de conversations avec les spécialistes, des experts en la matière, que je sais exactement ce qui est possible et impossible.

– Quand même, Ninon, tu devrais éviter ce genre de conversation.

Elle parut offusquée par la remarque de son mari.

– Tu me crois encore malade ? Pourquoi alors m’as-tu laissée sortir de l’hôpital ? Je suis guérie, Hubert. Non seulement je suis guérie mais j’explique à mon oncle tout ce que j’ai appris. Je crois que je le ramènerai plus vite à la santé que sa gouvernante.

Hubert n’avait pas insisté.

Les jours s’écoulèrent et Ninon continuait de rendre visite à son oncle régulièrement. Elle évitait cependant de raconter ce qu’Hector Brébœuf lui avait dit.

Mais un jour, elle déclara à son mari :

– J’ai appris une chose, aujourd’hui. Mon oncle a placé beaucoup d’argent dans des actions. Selon lui, ça a rapporté beaucoup et il veut changer son testament. Il traite ses fils de sans cœur. Il n’y a que Roland qui s’occupe plus ou moins de lui et il a l’intention de changer son testament. Il veut me laisser la plus grosse part de sa fortune.

Hubert sursauta.

– Tu es sérieuse ?

– Mais oui. Il m’a même dit que son notaire viendrait la semaine prochaine. Il a demandé à Gertrude de lui téléphoner. Mais en attendant, il aurait fait un testament olographe, signé par deux témoins. J’ignore si c’est vrai.

Puis, brusquement, elle demanda :

– Tu sais où on pourrait se procurer de l’arsenic ?

– De l’arsenic ? Mais pourquoi as-tu besoin de ça ?

– Mon oncle dit que c’est le seul poison qui peut éliminer les rats qui hantent le château. J’ai promis de lui en procurer. Tu vas m’en trouver, n’est-ce pas, Hubert ? Mon oncle est très riche. Si nous héritons d’une petite fortune, les autres ne seront pas offusqués. Le domaine reviendra à ses fils et ça vaut beaucoup d’argent, tu sais. Si je lui refuse ce qu’il me demande, la semaine prochaine, il m’oubliera dans son testament.

– J’ai un ami, pharmacien, je lui en parlerai. Le lendemain, Hubert apporta de l’arsenic à son épouse et aussitôt, elle alla remettre la petite boîte à Ernest, le vieux domestique qui servait également de jardinier.

– Suivez les directives de mon oncle. Il craint les rats. Il ne voudrait pas que son cercueil soit abîmé.

Le vieil homme, surpris, demanda :

– Il vous a parlé de son cercueil ?

– Oui, il m’a dit qu’il était en bois et qu’il pouvait l’ouvrir de l’intérieur. Il veut qu’on le place dans ce cercueil quand il mourra, pas dans un autre.

Mais le domestique ajouta avec un large sourire :

– Ce ne sera pas pour tout de suite, madame. Depuis votre arrivée ici, il a beaucoup changé. Il prend du mieux. Il parle même d’aller en voyage. Il prend de longues marches dans le jardin. Ça fait des semaines que je ne l’ai pas vu en aussi bonne santé.

Le même jour, Roland et Gertrude, son épouse, allèrent rendre visite aux Lanthier.

– En fin de semaine, c’est le début du festival d’été. Ça commence vendredi soir par une grande danse. Samedi, il y aura un spectacle donné par des artistes. Vous allez nous accompagner ?

Hubert répondit :

– Peut-être samedi, mais vendredi, j’aime mieux me reposer. J’arrive toujours passablement tard de la ville à cause de la forte circulation et puis... Ninon et moi ne dansons pratiquement jamais ensemble.

Le vendredi soir, Hervé et Pierre arrivèrent vers l’heure du souper. À huit heures, les trois frères, Gertrude et le vieil Ernest se rendaient au village. Aline Rivard restait au château pour veiller sur l’oncle.

Hubert arriva à Montréal vers neuf heures. Il était épuisé.

– J’ai travaillé comme un fou, l’autoroute était complètement congestionnée, pendant près de deux heures, rien ne bougeait.

Hubert mangea puis décida de se coucher tôt.

– Tiens, prends un de mes somnifères, tu vas passer une excellente nuit, lui dit Ninon.

À dix heures et demie, le couple se couchait et déjà, Hubert fermait les yeux. Vers minuit, il se réveilla. Sa femme n’était pas près de lui. Inquiet, il se leva, se rendit à la salle de bain puis à la cuisine. Ninon n’y était pas.

– Elle serait sortie, à cette heure-ci ?

Il jeta un coup d’œil par la fenêtre du salon et aperçut une ombre blanche qui rôdait dans le jardin. Mais cette vision ne dura que quelques secondes et malgré lui, Hubert songea aux fantômes qui hantaient le château.

– Je suis ridicule, j’ai dû rêver.

Mais soudain, la forme blanche réapparut.

– Je suis idiot, c’est Ninon. Mais qu’est-ce qu’elle fait dans le jardin ?

Il sortit et alla retrouver sa femme.

– Je ne parvenais pas à dormir, j’ai décidé de me promener, il fait tellement chaud et ici, dans le jardin, on y est très bien. Les autres ne sont pas encore revenus du village. Mon oncle doit lire car il y a de la lumière dans sa chambre.

Elle décida de rentrer avec son époux. Hubert se sentait étourdi. Ce devait être l’effet du somnifère. Il tomba dans un sommeil profond et tout à coup, il s’éveilla en sursaut.

On frappait à la porte. Les coups étaient répétés. Hubert bondit hors de son lit. Ninon s’éveilla à son tour.

– Que se passe-t-il ?

– Je l’ignore mais la personne qui est en bas s’impatiente.

Il passa sa robe de chambre et alla ouvrir. Le gros Pierre était là, la figure blanche comme un suaire, lui toujours souriant, toujours rougeaud.

– Papa... papa, bégaya-t-il.

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Il s’est éteint cette nuit ! C’est madame Aline qui l’a trouvé mort, dans son lit.

Ninon poussa un cri. Elle avait suivi son mari jusqu’à la porte.

– Ce n’est pas possible. Il se sentait beaucoup mieux. Oh non ! Je m’entendais si bien avec lui.

Elle se mit à pleurer. Hubert la prit dans ses bras. Pierre demanda :

– Tu permets que je me serve de ton téléphone, Hubert ? Au château, ils sont tous fous. Roland doit appeler le médecin, le curé, le directeur de funérailles. Il faut que je rejoigne Richard, à Québec.

– Mais oui, vas-y.

Quelques instants plus tard, Pierre apprenait ce qui suit à Hubert :

– Richard est à Montréal. Ma belle-sœur va tenter de le rejoindre. Vous allez venir au château ?

– Le temps de nous vêtir, de déjeuner, et nous partons.

– Le directeur de funérailles viendra, le curé aussi. Je me demande si le prêtre accordera la permission. Papa a bien dit qu’il voulait être exposé dans sa chambre, pas ailleurs, il ne veut pas sortir du château.

– Je sais, fit Ninon, il me l’a dit à moi aussi.

Les Lanthier se vêtirent, mangèrent rapidement puis, comme ils allaient sortir de leur maison pour se rendre au château, le téléphone sonna. Hubert alla décrocher le récepteur.

– Allô ?

– Monsieur Lanthier ?

– Oui.

– Ici Richard Brébœuf. On vient de m’apprendre la triste nouvelle.

– Croyez que nous sympathisons beaucoup avec vous.

– Merci. J’ai tenté de téléphoner au château à deux ou trois reprises. La ligne est continuellement occupée. Voulez-vous transmettre un message à Roland ?

– Certainement.

– Je ne pourrai pas me rendre à Labelle avant lundi avant-midi. Qu’on ne fasse absolument rien, qu’on n’embaume surtout pas papa.

– Pourquoi ?

– J’ai reçu une longue lettre de lui, la semaine dernière. Il m’a dit qu’il souffrait beaucoup moins, qu’il ne songeait plus au suicide, qu’au contraire, vers la fin de l’été, il voulait aller en voyage. Sa mort n’est pas naturelle, j’en suis persuadé.

– Allons donc, vous vous trompez sûrement. Laissez-moi un numéro de téléphone où je puis vous rejoindre. Je vais parler à Roland. Mais j’ai bien peur qu’il ne veuille pas entendre raison.

Richard donna un numéro de téléphone.

– Ne soyez pas surpris si c’est une femme qui répond. Je suis en compagnie de ma secrétaire. Nous avons beaucoup de travail à abattre, réviser les livres de comptabilité de quelques-unes de nos succursales.

Richard Brébœuf avait réussi tant comme pharmacien que comme homme d’affaires. Il était maintenant propriétaire de quatre établissements et voulait établir une chaîne aux quatre coins du Québec.

Lorsque les Lanthier arrivèrent au château, Ninon s’occupa de Gertrude qui acceptait mal la mort de son beau-père. Le docteur Gouneau était arrivé. Il avait examiné la victime. Roland était près de lui. Hubert entra discrètement dans la chambre.

– Roland, j’ai deux mots à te dire.

Il lui raconta l’appel qu’il avait reçu de Richard.

– Il ne changera jamais, murmura Roland. Il est complètement ridicule. Papa a succombé à une nouvelle crise et c’était à prévoir. Le docteur est catégorique. Il s’agit bel et bien d’une mort naturelle. Il se disait mieux, mais c’était une illusion. Il continuait à maigrir. Il pesait à peine cent livres. Il n’est pas question qu’on pratique une autopsie. Ce serait causer un scandale dans notre famille. Ça mettrait en branle la machine à racontars. Si Richard agit de cette façon, c’est simplement parce qu’il craint d’être complètement déshérité. Pour lui, papa n’existait pratiquement plus.

Le docteur Gouneau avait entendu une partie de la conversation.

– Je vais signer le certificat de décès. Il s’agit d’une mort naturelle. Je suis prêt à le jurer. D’ailleurs, il est décédé aux environs de minuit et il n’y avait personne au château, à l’exception de madame Aline. Elle lisait dans sa chambre et elle n’a rien entendu. Elle croyait son malade endormi.

– Maintenant, ajouta Roland, va falloir que je discute avec le directeur de funérailles et le curé. Papa a construit son propre cercueil. J’ai demandé à Ernest et à Pierre de le monter de la cave. Papa ne veut pas être embaumé, une drôle d’idée, mais ça, il me l’a fait promettre. Enfin, il veut être exposé ici. Si le curé est d’accord, les funérailles auront lieu lundi matin.

Hubert décida de rappeler Richard Brébœuf. Mais pour avoir une conversation plus discrète, il retourna chez lui. Richard attendait l’appel.

– Roland est contre l’autopsie.

– Je m’y attendais.

– Votre père, selon ses volontés, ne sera pas embaumé. Les funérailles auront lieu lundi matin.

– Je serai là. Et que Roland et mes frères le veuillent ou non, je vais mener ma petite enquête. Si je découvre la moindre chose louche, je me mettrai en communication avec les autorités. S’il faut faire exhumer le corps, on le fera.

– Monsieur Richard, je crois sincèrement que vous vous trompez. Le docteur est catégorique.

Votre père n’allait pas mieux, il souffrait moins, mais il continuait à maigrir...

– Le docteur Gouneau est un vieux médecin de campagne et il détesterait être mêlé à une affaire de meurtre.

– Votre père était seul au château, avec la gouvernante,

– L’assassin n’avait pas besoin d’être là. Papa a pu être empoisonné plus tôt dans la journée. N’oubliez pas qu’il souffrait de gastro-entérite.

– Que voulez-vous dire ?

– Un peu de poison dans un café, une tisane et ça provoque la mort.

– Quel poison ? demanda Hubert, inquiet.

– Un seul ! L’arsenic ! Quelques grains d’arsenic à quelqu’un qui souffre d’une telle maladie et la mort semble tout à fait naturelle. Ça entraîne la crise fatale.

Hubert était incapable de prononcer une parole. Le mot « arsenic » l’avait presque foudroyé.

Ninon qui, selon elle, hériterait d’une forte somme, s’était fait acheter de l’arsenic par son mari. Enfin, c’est vers minuit qu’il avait surpris sa femme rôdant dans le jardin. Si la police enquêtait, si on découvrait de l’arsenic dans le corps de Hector Brébœuf, le couple serait sûrement accusé de meurtre !

III



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