Littérature québécoise








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Le verre de lait


Le docteur Gouneau avait assisté aux funérailles. Il s’était ensuite rendu au cimetière. Les Brébœuf étaient des amis de longue date.

– Je vous en prie, docteur, faites quelque chose pour cette femme, lui dit Gertrude.

Le vieil homme se rendit rapidement à sa voiture et en revint avec sa petite valise noire de médecin.

– Laissez, Hubert, nous allons nous en occuper, fit Gertrude.

Déjà, le médecin avait placé sa valise sur la banquette avant et en avait retiré une seringue. Il préparait une injection.

Roland hurla soudain :

– Mais qu’est-ce que vous attendez pour fermer le couvercle du cercueil ?

Le directeur de funérailles s’exécuta immédiatement. Lanthier avait repris son calme et il imposa le silence.

– Tantôt, je vous ai présenté mon ami, monsieur Dumont, dit-il, mais personne n’a semblé le reconnaître. Il est détective privé.

– Le Manchot, murmura le gros Pierre.

– Oui, c’est lui, poursuivit l’agent en placements. Si on lui demandait de nous aider.

Richard, d’un ton sec, questionna le Manchot.

– Qu’êtes-vous venu faire ici, Dumont ?

Ce fut Lanthier qui répondit :

– Monsieur Dumont est un ami et un de mes meilleurs clients. Il était de passage dans la région et a décidé de me faire une visite de sympathie.

Pierre ricana :

– Écoute le cousin, tu nous prends pour des cruches, tu cherches à nous emplir ?

Le Manchot proposa alors :

– Si nous retournions tous au château. Je ne vois pas pour quelles raisons nous discutons devant tous ces gens.

Roland approuva. Il ordonna au directeur de funérailles de se charger du cercueil.

– Ramenez-le au château, monsieur Dumont voudra sûrement l’examiner.

Hervé aida Bertrand Girard et on plaça le cercueil dans le corbillard. Les curieux s’éloignaient rapidement. Quelques-uns étaient partis en courant vers le village. La nouvelle de la résurrection de Hector Brébœuf allait se répandre comme une traînée de poudre.

– Montez avec moi, dit Richard au Manchot. Monsieur Lanthier va probablement se rendre chez lui en compagnie de Ninon et Gertrude. Si le docteur a donné une injection à cette folle, il faudra la mettre au lit.

Le détective accepta l’invitation du plus vieux des frères. Il prévint Lanthier.

– Nous nous retrouverons au château. Comment va votre femme ?

– Le docteur lui a donné un calmant. Mais il m’a assuré qu’elle ne dormira pas.

– Dans ce cas, j’aimerais bien qu’elle vienne au château. J’aurai des questions à poser à tout le monde.

– J’en parlerai au médecin.

Le corbillard s’ébranlait. Hervé avait pris place près du directeur de funérailles.

Roland et Pierre grimpèrent dans l’automobile du docteur Gouneau et le Manchot s’installa dans celle de Richard.

– Vous croyez aux ressuscités ? demanda l’homme en s’installant derrière le volant.

– Non, répondit le Manchot.

– Moi non plus. Je ne m’explique pas la disparition du cadavre... Je suis certain que la mort de papa n’est pas naturelle. Il a été assassiné. Je suis pharmacien. Je sais qu’avec de l’arsenic...

– Hubert Lanthier m’a mis au courant. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’assister aux funérailles. Hubert s’attendait à des événements du genre. Il craint qu’on accuse sa femme, surtout depuis qu’on sait qu’elle hérite de la majeure partie de la fortune du défunt.

Richard sursauta et faillit perdre la maîtrise de son véhicule. Il donna un violent coup de volant.

– Qu’est-ce que vous avez dit ? Ma cousine hérite...

– J’aurais dû y penser. Vous n’étiez pas là, lors de la lecture du testament. Richard rageait.

– Mais pourquoi ont-ils ouvert le testament ? Je suis le plus vieux de la famille. On devait m’attendre.

Le Manchot tenta de corriger son erreur en expliquant :

– Le domestique Ernest a révélé que votre père avait fait un testament olographe. Vos frères ont voulu savoir immédiatement à quoi s’en tenir et ont demandé à voir ce testament. J’en ignore les détails. Selon Lanthier, les dernières volontés du défunt ont été écrites à la main et la signature de deux témoins a été apposée au bas du document.

– Incroyable ! Mais ça ne tient pas debout. Pourquoi papa aurait-il laissé sa fortune à une nièce qu’il n’a pas connue et qui a passé plusieurs mois de sa vie dans une maison de santé. C’est complètement ridicule. Mais ce testament est nul. Vous voyez bien que papa n’avait pas tout son esprit.

On approchait du château.

– Qu’on le veuille ou non, dit Richard, moi, je préviens les autorités policières. Il est clair que ma cousine, quand elle a cru ou su qu’elle allait hérité, a décidé de tuer papa.

La voiture s’arrêta près du château.

– Comment expliquez-vous la disparition du défunt ? demanda le détective.

– Ce doit être le mari qui s’en est chargé.

– Non. Personne n’a pu faire disparaître le corps, dit le Manchot. J’étais au château ce matin. Hubert est toujours resté près de moi. J’ai vu votre père, dans son cercueil, quelques instants seulement avant qu’on ne le ferme.

Le Manchot descendit rapidement de voiture. Il se dirigea vers un taxi, stationné près du château. Une femme venait d’y prendre place.

– Un instant, fit le détective en ouvrant la portière.

–– Qu’est-ce que vous voulez ? Qui êtes-vous ?

– Robert Dumont, détective. Vous êtes la gouvernante, n’est-ce pas ?

– Oui.

– Où allez-vous ?

– Mon travail est terminé. Je viens de voir monsieur Roland. Il m’a dit que je pouvais partir. J’ai hâte de m’éloigner de ce château.

Mais le Manchot la saisit par le bras.

– Moi, madame, je vais vous demander de demeurer ici. J’ai certaines questions à vous poser. Vous êtes un témoin très important. Vous savez ce qui s’est passé au cimetière ?

– Oui. C’est pour ça que je retourne chez moi. J’en ai assez. J’ai vécu près d’un fou durant des semaines. Laissez-moi partir.

– Bon, comme vous voudrez. Mais la police vous forcera à revenir, surtout si on peut prouver que monsieur Brébœuf a été assassiné.

– Tiens, vous ne faites pas partie de la police ? Alors, vous m’avez menti ? dit la femme d’un air hautain.

– J’ai dit que j’étais détective, madame. Je suis enquêteur privé et si vous voulez vous éviter des ennuis, vous faites mieux de m’obéir.

Aline Rivard sembla prendre sa décision. Elle ordonna au chauffeur de taxi de sortir les deux valises qui se trouvaient à l’intérieur de la voiture.

– Vous avez des papiers d’identification ?

Dumont sourit :

– Vous n’avez jamais entendu parler du Manchot ?...

– Oui, mais...

Il appuya sa main gauche sur le bras de la gouvernante et ses doigts se resserrèrent. Elle grimaça.

– Je crois que c’est encore mieux qu’une carte d’identité, n’est-ce pas ? fit le détective avec un sourire.

Ernest, le domestique, venait de descendre de la voiture d’un ami. Aline l’appela :

– Monsieur Ernest ! Voulez-vous vous occuper de mes valises, s’il vous plaît ?

– Qu’est-ce que j’en fais ? demanda le vieil homme, je les dépose dans votre chambre ?

– Non, ce n’est plus ma chambre. Laissez-les dans le vestibule.

Puis, se tournant vers le Manchot :

– Vous, venez avec moi ! je veux vous montrer quelque chose.

Mais à cet instant précis, le détective aperçut son ami Hubert, accompagné de Gertrude. Il revenait de sa maison et à pied et se dirigeait vers le château.

– Je vous verrai tantôt, madame. Je vais réunir tout le monde dans le grand salon.

– Mais, attendez...

Déjà, le Manchot avait rejoint Lanthier.

– Où est votre femme ?

– Nous l’avons installée dans ma maison. Le docteur Gouneau va s’occuper d’elle.

– J’aurais aimé l’interroger, elle est un des témoins les plus importants.

– Le docteur exige qu’elle se repose.

Roland Brébœuf s’approcha des deux hommes.

– Que fait-on du cercueil ?

– J’aimerais l’examiner, dit le détective. Y a-t-il un endroit où vous pouvez le disposer sans qu’il soit à la vue de tout le monde ?

– Dans la cave, là où il était avant la mort de papa.

– Fort bien.

Le détective entra dans le salon en compagnie de Lanthier et de Gertrude. Richard discutait avec ses deux frères Hervé et Pierre. Lorsqu’ils virent arriver le Manchot, ils allèrent directement à lui.

– Nous sommes d’accord, mes frères et moi, dit Richard. Nous contesterons la légalité du testament olographe.

– Calmez-vous, dit le Manchot. Avant de poser un tel geste, il faudrait tout d’abord retrouver le corps de votre père. Il ne peut quand même pas s’être envolé !

Gertrude demanda à Aline de l’aider à servir à boire à tous.

– Ça ne fera pas de tort, dit Pierre.

Les deux femmes s’occupèrent du service. Roland fit son entrée dans le salon.

– Où est le directeur de funérailles ? demanda le détective.

– Parti, il faut qu’il soit à l’église pour la fin de la cérémonie de dix heures.

– J’aurais bien aimé lui poser quelques questions. C’est lui qui a fermé le cercueil, n’est-ce pas ?

– Oui, mais j’étais présent. Je puis vous jurer que papa était bel et bien dans sa boîte. D’ailleurs, vous étiez là, dans la porte. Jamais nous n’aurions pu faire disparaître un cadavre.

Le gros Pierre suivait sa belle-sœur Gertrude. En l’espace de quelques secondes, il en était rendu à vider son troisième verre.

– Cesse de boire, idiot, fit Hervé, on a tous besoin de notre raison. Il y a suffisamment d’une cousine qui l’a perdue !

Lanthier avait entendu la phrase de son cousin. Il fonça vers lui.

– Toi, mon écœurant, c’est la deuxième fois que tu insultes ma femme !

Il voulut frapper Hervé, mais le Manchot saisit son ami par le bras. Sa prothèse se referma, prothèse qui possédait plusieurs fois la force d’une main naturelle.

– Vous allez tous vous calmer, dit Dumont avec force. Ce n’est pas en se battant qu’on va réussir à éclaircir ce mystère.

Le Manchot se tourna vers Roland.

– Puis-je loger un appel ? C’est assez urgent.

– Venez avec moi.

Il le fit entrer dans la salle à dîner. Il y avait un appareil sur une table.

– Vous pouvez me laisser. Et s’il vous plaît, tâchez de rétablir le calme. Vos frères sont en train de perdre la tête.

Roland sortit de la pièce. Le Manchot décrocha aussitôt le récepteur et téléphona à son agence.

– Passez-moi Candy, dit-il à la secrétaire.

– Un instant, monsieur Dumont. Lorsqu’il eut la jolie blonde au bout du fil, le détective lui donna ses directives.

– Tu vas téléphoner immédiatement à notre ami Lussier à Cartierville. Tu vas louer un hélicoptère et tu vas venir me rejoindre à Labelle, le plus tôt possible.

Candy Varin n’était pas du tout surprise des ordres donnés par son patron. Ce n’était pas la première fois que les membres de l’agence devaient se servir de ce moyen de transport.

– À quel endroit exactement, à Labelle, demanda-t-elle.

– Lorsque Lussier sera au-dessus du village, qu’il se dirige vers la montagne qui sera à sa droite. Il verra un vieux château, c’est tout près du village. On l’aperçoit quand on passe sur la route principale. Il y a le château et deux autres maisons, il s’agit d’un vaste domaine. L’endroit est facile à repérer.

– Et vous serez à ce château ?

– Oui.

Il donna le numéro de téléphone de la maison des Brébœuf.

– Si Lussier ne peut te conduire, rappelle-moi. Sinon, je t’attends.

– Compris.

Le Manchot raccrocha. Il se retourna en entendant un bruit de pas. Aline Rivard, la gouvernante, venait d’entrer dans la pièce.

– Puis-je vous dire un mot, monsieur le détective.

– Je vous écoute.

– Venez avec moi, fit-elle en empruntant l’escalier qui menait au second étage.

Les chambres des frères Brébœuf et des invités se trouvaient à l’étage supérieur.

Aline Rivard ouvrit une porte.

– Entrez !

Le détective se trouva dans une pièce qui servait de salle de couture. Il y avait là des robes, un mannequin, une machine à coudre, une table de travail et deux fauteuils.

– Il n’y a que moi qui me servais de cette pièce, dit-elle. Madame Gertrude n’y venait que rarement. Moi, j’adore la couture.

Elle ouvrit la porte de la garde-robe. D’une tablette supérieure, accrochées à un tuyau de métal, quelques pièces de vêtements pendaient. La gouvernante glissa sa main sur la tablette du dessus.

– Tenez !

Elle tendit un verre au détective.

– Qu’est-ce que c’est ?

– J’ai trouvé ce verre sur la table de chevet de monsieur Brébœuf.

– Le défunt ?

– Oui.

– Quand ?

– Quand j’ai constaté le décès. J’ai apporté le verre à la cuisine avec un pot contenant de l’eau et un autre verre. Ce n’est qu’un peu plus tard que je me suis posé des questions. Je suis retournée à la cuisine ; le verre était toujours là. Je l’ai pris et l’ai apporté dans ma chambre.

– Pourquoi ?

– Je voulais l’examiner de plus près. Ce semble être du lait qu’il y a eu là-dedans. Je n’ai pas osé parler de ce verre. Une seule personne peut l’avoir apporté dans la chambre du malade...

– Qui ?

– Celle qui est venue rendre visite à monsieur Brébœuf, quelques heures avant sa mort.

– Cette personne, vous la connaissez ?

Aline hésita :

– Je n’ai pas vu sa figure. Il faisait très sombre. Mais je suis quand même certaine que c’est madame Gertrude !

Le Manchot demanda :

– Avez-vous raconté cet incident à quelqu’un d’autre ?

– Non. Je voulais en parler à monsieur Roland mais il y a eu tellement de monde, en fin de semaine que j’ai complètement oublié. Ce n’est que lorsque vous étiez tous partis pour l’église, que j’ai retrouvé le verre. J’ai fait mes valises, puis je suis montée ici pour prendre une robe que j’achevais de confectionner. J’ai décidé d’y cacher le verre.

– Mais pourquoi ?

Elle haussa les épaules :

– Je ne pourrais vous dire exactement. Je sais que monsieur Richard voulait qu’on pratique une autopsie sur le corps de son père. Moi, je suis certaine qu’il s’agit d’une mort naturelle... mais si monsieur a été empoisonné, le contenu de ce verre a pu y jouer un grand rôle. S’il y avait eu autopsie, les policiers auraient sûrement communiqué avec moi et à ce moment-là, j’aurais parlé de ce verre.

– Évidemment, vous y avez touché ?

– Mais oui.

– Vous, le malade, moi, la personne qui lui a apporté à boire... inutile de relever les empreintes.

Le Manchot porta le verre à son nez et sentit.

– Ça ne sent pas très bon, murmura-t-il.

– Évidemment, un peu de lait qui repose dans un verre depuis vendredi soir, c’est normal.

– Mais vous, vous avez senti le contenu lorsque vous avez pris le verre ?

La gouvernante avoua :

– Non. J’ai été négligente, je l’avoue. J’ai ramassé ce verre machinalement, en faisant le ménage de la chambre. J’étais troublée comme tout le monde. On venait de constater la mort de monsieur Brébœuf.

Le Manchot regarda autour de lui, puis demanda :

– Auriez-vous un sac de papier dans lequel je pourrais mettre ce verre ?

– Un instant.

Elle en trouva un dans le tiroir de la table.

– Je vais vous demander, madame, de ne souffler mot à personne sur l’existence de ce verre.

– Très bien.

Le détective descendit l’escalier en compagnie de la gouvernante. Roland l’attendait.

– Où étiez-vous passé, monsieur Dumont ?

– Je discutais avec madame.

– Mes frères et moi en sommes venus à une entente. Nous allons retenir vos services.

Il faut absolument retrouver le corps de papa. Nous nous rangeons de l’avis de Richard. Il faudra ensuite prévenir la police et faire pratiquer une autopsie.

– Votre frère Richard est au salon ?

– Oui.

– Voulez-vous lui demander de venir, s’il vous plaît ? Je l’attends ici. Retournez au salon, madame Rivard.

Roland disparut avec la gouvernante. Quelques secondes plus tard, le plus vieux des frères entrait.

– Vous désirez me voir, Dumont ?

Le détective sortit le verre du sac de papier.

– Je fais appel à vos connaissances à titre de pharmacien. Pouvez-vous me dire si ce verre a pu contenir autre chose que du lait ?

Richard prit le verre, le porta à son nez, esquissa une grimace, puis plongea son index et en retira un petit morceau d’une pâte blanche qui s’était formée au fond. Il porta son doigt à sa bouche.

– Aucun doute possible, monsieur Dumont. Ce verre contenait une forte quantité d’arsenic !

VI



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