Littérature québécoise








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Mort deux fois


Candy Varin et Pierre Brébœuf avaient questionné de nombreuses personnes. Le gros homme semblait connaître tout le monde dans le village.

Tout d’abord, il présenta à Candy, plusieurs de ses amis qui jurèrent qu’il avait passé la soirée à l’hôtel et qu’il n’avait pas bougé de là.

Candy posa des questions sur Hervé et Roland. Elle prenait des notes dans son calepin.

Après une heure d’interrogatoire, elle avait la preuve que les trois fils de Brébœuf n’avaient pas quitté la fête.

– Il n’y a que votre belle-sœur Gertrude. Des gens ont joué au bingo avec elle. Son mari l’a fait danser, mais il y a quand même une période de temps où personne n’affirme l’avoir vue.

– Elle dit s’être promenée, elle avait des maux de tête. Gertrude a toujours eu mal aux pieds. Elle ne marche jamais jusqu’au village. Elle n’aurait pu revenir au château, dit Pierre. Elle conduit la voiture de Roland, mais ce soir-là, elle n’avait pas ses clefs. Je me souviens qu’elle a dit à son mari qu’elle ne prenait qu’un tout petit sac afin d’être plus libre pour se déplacer, qu’elle laissait les clefs de la voiture et du château dans sa chambre.

– Il n’y a pas de taxi, ici, à Labelle ?

– Si, dit Pierre, ils ne sont pas nombreux comme dans les grandes villes. Je suis sûr que nous perdons notre temps.

Il stationna sa voiture dans un terrain vacant, au bout du village.

– Acceptez donc mon invitation, on peut aller prendre un verre ensemble à l’hôtel. Si vous saviez comme vous me plaisez. J’ai jamais vu une fille aussi belle que vous.

– Il passa son bras autour des épaules de Candy et l’attira contre lui.

– Bas les pattes, je vous préviens !

– Un petit baiser, un tout petit !

Et il cherchait à immobiliser Candy. Mais la blonde dégagea son bras droit et d’un solide coup de karaté, elle frappa Pierre à la gorge, du revers de la main. Il devint rouge comme une tomate, il toussait, râlait, étouffait.

– Je vous avais prévenu, dit Candy, je sais fort bien me défendre. Comptez-vous chanceux que nous ayons été dans la voiture. Vous auriez pu vous retrouver inconscient et les quatre fers en l’air.

En cherchant à reprendre son souffle, le gros homme mit sa voiture en marche. Il s’arrêta bientôt au poste de taxis.

Lorsqu’il descendit de voiture, Pierre se sentait un peu mieux. Il questionna un chauffeur.

– Tu connais l’épouse de Roland, mon frère ? Vendredi soir, vers dix heures, tu ne l’aurais pas menée au château ?

– Et ramenée au village, ajouta Candy ?

Le chauffeur déshabilla la femme-détective du regard.

– Dis donc Pierrot ! Où as-tu déniché ce mannequin ? Me semblait que t’avais pas de succès auprès des filles ?

– Cesse tes blagues et réponds à ma question.

– Non, vendredi soir, j’ai été occupé toute la soirée, mais j’ai pas vu madame Brébœuf.

Un autre chauffeur, attiré par Candy, s’était approché. Il avait entendu la fin de la conversation.

– Vous parlez de madame Gertrude ? De vendredi soir ?

– Oui.

– Eh bien moi, je l’ai vue. Il devait être dix heures, dix heures quinze. Je venais de conduire un client. Elle se promenait. J’ai ralenti et je lui ai demandé si elle avait besoin d’un taxi. Elle m’a répondu que non. Elle voulait simplement se reposer de la musique, du tapage, elle allait se rendre au bingo.

Candy demanda :

– Vous êtes certain de ça ?

– Pensez-vous que je mentirais à une belle fille comme vous ? Vous venez habiter Labelle ?

Le gros Pierre jeta :

– Cette fille est avec moi et ça s’appelle touchez-y pas.

Et donnant le bras à Candy, il lui lança un clin d’œil en disant :

– Tu viens, chérie ?

Candy n’osa pas le corriger. Ça amusait Pierre de laisser croire à tous qu’elle était son amie.

« Si ça peut lui faire plaisir. »

Elle grimpa dans la voiture. Elle était fort déçue.

« Tous ont un alibi inattaquable. Je me demande ce qu’en dira Robert ».

Ils revinrent au château. Richard était de retour et il expliqua que le Manchot était demeuré au village afin de rencontrer le directeur de funérailles.

Hervé lisait dans le grand salon. Roland bricolait toujours sa voiture.

– Quant à la mienne, dit Hervé, elle est rendue au garage. Ça va me coûter plus de huit cents dollars en réparations.

Il n’était guère de bonne humeur. Candy s’informa de Gertrude. Elle reposait dans la maison de Lanthier.

– Vous pouvez aller lui rendre visite, dit Hervé.

– Non, je vais attendre mon patron ici. Je prendrais bien un café.

– Je m’en occupe, fit Pierre en se précipitant vers la cuisine.

Il revint bientôt avec une tasse fumante et c’est à cet instant précis qu’on entendit les coups de feu éclater.

Pierre en échappa la tasse et faillit s’ébouillanter.

– Ça vient de la maison d’Hubert, cria Hervé. Allons-y !

Et tous sortirent en courant du château !

*

Bertrand Girard était indigné.

– Monsieur, sachez que je suis directeur de funérailles depuis vingt ans. Je suis vice-président de l’association des directeurs de funérailles de la province. Je suis un homme honorable. Je ne permettrai pas que vous mettiez ma parole en doute.

– Allons, calmez-vous !

Mais l’homme cria d’une voix aiguë :

– Non, je ne me calmerai pas. Vous m’accusez d’avoir participé à une macabre comédie. Vous accusez également monsieur Roland.

– Je n’ai pas dit ça.

– Mais il était près de moi quand j’ai fermé le cercueil. Il était à mes côtés et je vous jure sur ce que j’ai de plus cher au monde qu’Hector Brébœuf était bien là. Il n’avait pas bougé. Il était mort, mort, vous entendez ?

L’homme se mit à tousser. Le Manchot le laissa se calmer.

– Monsieur Girard, si je vous ai offusqué, je m’en excuse. Je suis prêt à vous croire. Cependant, je vais vous demander un service.

– Lequel ?

– Puis-je jeter un coup d’œil sur le corbillard qui a servi à transporter le corps de monsieur Brébœuf ?

– Je me demande bien ce que ça va vous donner. Venez avec moi.

Le directeur de funérailles possédait deux corbillards. Ils étaient exactement de même dimension.

– Vous pouvez ouvrir la porte arrière, j’aimerais regarder à l’intérieur.

– Comme vous voudrez. Le Manchot pénétra dans la fourgonnette. Sur les murs, il y avait des tentures de soie noire.

– C’est beaucoup plus grand que je ne le croyais.

– Écoutez, Dumont, il y a des cercueils qui sont énormes. Ce ne sont pas tous des boîtes de bois comme celle de monsieur Brébœuf.

Le détective sortit du corbillard.

– Comment procédez-vous avec les cercueils ?

– C’est simple. Vous voyez ces morceaux de métal ? Nous plaçons le cercueil sur ces deux lattes et mes hommes n’ont qu’à le pousser. Les lattes de métal avancent et le cercueil prend sa place. Pour le sortir, c’est la même chose. On tire sur cette poignée et les lattes soutenant le cercueil avancent.

– Donc, en aucun temps, vos hommes ne pénètrent dans la partie arrière du corbillard ?

– Mais non, pourquoi le feraient-ils ?

– Il y a un chauffeur spécial pour le corbillard ?

– Oui. Il se tient debout près de la camionnette. C’est lui qui ouvre les portes aux porteurs.

– Le chauffeur s’était rendu au château ?

– Évidemment. Il est même allé faire une prière dans la chambre. Hector était un de ses amis. Je puis vous jurer, monsieur Dumont que moi et mes employés, nous sommes honnêtes. Je ne puis expliquer ce qui s’est passé, mais nous n’y avons pas été mêlés.

– Je vous remercie de votre coopération, monsieur Girard. Où puis-je trouver un taxi ?

– Au coin de la rue. Le poste est là.

Le Manchot allait s’éloigner.

– Un instant Dumont, je tiens à vous prévenir. Si vous répétez à qui que ce soit que j’ai été mêlé à la disparition d’un corps, je vous actionnerai, je vous traînerai devant les tribunaux. Je ne vous permettrai jamais de salir ma réputation.

Le détective s’éloigna. Il en avait assez entendu.

*

En entendant les coups de feu, Lanthier et le docteur Gouneau bondirent. Gertrude, étendue sur le divan, s’éveilla.

– Qu’est-ce qu’il y a ? qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle.

– Ne bougez pas, dit le docteur, nous revenons.

Déjà, Lanthier ouvrait la porte de la chambre. Il aperçut sa femme, debout, au centre de la pièce, vêtue de son déshabillé. Elle tenait encore le revolver fumant dans la main. La vitre avait volé en éclats.

– Ninon !

Elle se retourna. Elle était livide.

– Monsieur Hector... mon oncle... il était là, dans la fenêtre.

– Quoi ?

– Je l’ai vu. Il m’a parlé.

– C’est ridicule.

– Je ne suis pas folle, cria-t-elle. Tu entends Hubert, je ne suis pas folle.

Le médecin murmura :

– Je vais lui faire une injection. Enragée, la jeune Ninon se tourna du côté du vieux médecin.

– Non, je ne veux pas que vous me touchiez. Vous êtes en train de me droguer. Je vous jure que j’ai vu mon oncle, là, dans la fenêtre. J’avais pris ton revolver. Alors, j’ai tiré. Je ne puis tuer un mort, n’est-ce pas ?

Lanthier s’approcha de la fenêtre. Il aperçut Hervé, Pierre et Richard qui arrivaient au pas de course. Roland suivait derrière. Candy et Aline Rivard l’accompagnaient.

– Que se passe-t-il ? cria Hervé. Pourquoi avez-vous fait feu ?

Lanthier leur ordonna :

– Attendez-moi à l’extérieur. N’approchez pas de la fenêtre.

Avant de sortir de la maison, il recommanda au médecin :

– Restez auprès d’elle.

– Non, cria Ninon, je vais avec toi. Le docteur voulut intervenir mais la jeune femme le repoussa et le vieil homme dut reculer.

En entrant dans le salon, Ninon se trouva face à Gertrude qui venait de se lever.

– Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous êtes blessée ?

Mais elle n’attendit pas la réponse et sortit à la suite de son mari. Hubert Lanthier rejoignit le groupe qui s’était formé derrière la maison.

On pouvait voir des morceaux de vitre sur le sol.

– Tu es certaine de l’avoir atteint ? demanda Hubert.

– J’ai eu le temps de lui tirer trois balles, trois, à la figure, avant qu’il ne disparaisse, répondit Ninon. Mais où peut-il être ? Il n’a pu fuir ! Je l’ai tué.

Candy comprit que la jeune femme n’en pouvait plus. Ses nerfs allaient craquer.

– Venez vous reposer dans la maison, dit-elle. Surtout, ne vous énervez pas.

– Mais qui êtes-vous ?

– Candine Varin, l’assistante de Robert Dumont, le Manchot. Allons, venez.

Candy cherchait à l’entraîner mais Ninon se débattait.

– Je veux lui prouver que je dis vrai, qu’ils le cherchent. Je lui ai tiré à la figure. Il faut qu’il soit là !

Instinctivement, Aline et les frères Brébœuf s’étaient éloignés. Hubert Lanthier les avait rejoints. Tous semblaient figés sur place. Ils regardaient Ninon.

– Mais ne restez pas là comme une bande d’idiots ! Cherchez.

– Madame Lanthier, s’il vous plaît, suivez-moi à l’intérieur. Votre mari va s’occuper de tout.

Enfin, les deux femmes entrèrent dans la maison.

– Eh bien, cherchons, dit le gros Pierre. C’est peut-être quelqu’un qui a voulu lui faire peur et si elle a tiré à la figure, la victime ne doit pas être loin.

Lanthier, Hervé, Roland et Aline se mirent à fouiller dans les buissons. Quant à Richard, il s’était approché de la fenêtre. Soudain, il appela les autres.

– Venez ici. Vous n’avez rien trouvé ?

– Non.

– Pas de traces de sang ? demanda l’aîné.

– Aucune, fit Lanthier.

– Voyez, fit Richard en montrant deux marques de pied.

Roland se pencha :

– Ces marques sont sur le côté de la maison, pas devant la fenêtre.

– De plus, ajouta Richard, aucune goutte de sang et pourtant, Lanthier, votre femme déclare avoir tiré à la figure de l’inconnu à trois reprises.

Hervé mit la main sur l’épaule d’Hubert.

– Il faut vous rendre à l’évidence, Hubert. Ninon n’est pas guérie. Elle est même dangereuse.

Aline intervint alors :

– J’ai fait une folle de moi, en accusant Gertrude.

– Comment ça ?

– Le soir de la mort de monsieur Brébœuf, j’ai entendu des voix dans la chambre. Une voix d’homme... ce devait être monsieur Brébœuf. La femme, je ne l’ai vue que de dos, c’est elle qui a mis le poison. J’ai remarqué qu’elle portait une robe très pâle, qu’elle était mince et blonde. J’ai cru que c’était madame Gertrude et je l’ai dit à Robert Dumont. Mais maintenant, je suis persuadée qu’il s’agit de madame Lanthier. Elle a la même taille que madame Gertrude, elle est blonde. Elle était chez elle le soir de la mort de monsieur.

Roland se tourna vers Hubert.

– Ta femme est-elle toujours restée près de toi ?

Lanthier avoua :

– Non, j’étais épuisé, je me suis couché tôt. Ninon m’a même donné un somnifère.

– Mais c’est clair, s’écria le gros Pierre, elle vous a drogué !

– Je me suis réveillé. J’ignore l’heure exacte, mais Ninon n’était pas près de moi. Elle avait chaud et elle était allée se promener dans le jardin.

– Comment était-elle vêtue ?

– De sa robe de nuit blanche et de son déshabillé.

– Un déshabillé long ? demanda Aline.

– Non, court, répondit Hubert.

La gouvernante murmura :

– Je l’aurais juré.

Richard se fit le porte-parole de ses frères.

– Lanthier, je suis certain que mes frères sont de mon avis. Nous ne porterons aucune plainte contre votre femme. La mort de papa a été jugée naturelle, laissons tomber l’affaire. Quant au corps disparu, je ne sais comment elle s’y est prise, mais elle a réussi à soutirer la victime de son cercueil. Qu’en a-t-elle fait ? Ça n’a pas d’importance. Papa est mort. Un jour, on le retrouvera et on le remettra dans la fosse. Mais vous devez faire soigner votre femme. Elle croit voir des fantômes, elle tire des coups de feu, elle aurait pu tuer ou blesser quelqu’un.

Roland parla à son tour. Il approuva son frère.

– Nous sommes de bons amis tous les deux, Hubert. Je regrette ce qui arrive, mais fais face à la réalité. Ta femme est malade, elle l’a toujours été. Les médecins l’ont crue guérie. Ils se sont trompés. Tu dois la faire enfermer... sans tarder.

Hervé demanda tout à coup :

– Pour quelles raisons, Hubert, avez-vous demandé l’aide de Robert Dumont, le Manchot ?

Et comme Lanthier ne disait rien, il continua :

– Parce que vous deviniez la vérité, vous craigniez pour votre femme, avouez-le donc.

Enfin, Hubert parla.

– Je sais que vous avez raison. Au début, je ne voulais pas l’admettre mais je dois me rendre à l’évidence. Je vais téléphoner du château. Je vais demander qu’on envoie une ambulance pour venir chercher Ninon. Je vous remercie tous de votre sympathie.

Ils allaient s’éloigner en direction du château lorsqu’un taxi apparut sur la route.

La voiture filait vers le château mais, en voyant le groupe, le taxi freina et le Manchot descendit de voiture.

– Que se passe-t-il ? demanda le détective en s’approchant.

– Un autre drame, dit Richard. Le mystère de la mort de papa est éclairci.

Tous voulurent parler en même temps. Robert Dumont imposa le silence et demanda à Lanthier de raconter lui-même ce qui s’était passé.

Hubert parla de la supposée vision de sa femme, des coups de feu tirés sur un revenant et de la décision qu’il venait de prendre.

– Ne nous hâtons pas, dit le Manchot. Où est madame Lanthier ?

– Dans la maison, dit Pierre, c’est votre assistante, Candy, qui s’en occupe.

– Bien. Maintenant, quand je suis parti pour le village, je vous ai demandé de fouiller l’extérieur du domaine, vous l’avez fait ?

– Hervé a cherché partout à l’extérieur, répondit Roland. Moi, je suis venu fouiller la maison de Lanthier, il peut vous le dire. Ernest est allé voir de l’autre côté. Il a fouillé dans son hangar, puis avec Hervé, ils se sont rendus dans la montagne.

Et Hervé conclut le rapport de son frère :

– Nous n’avons absolument rien trouvé.

Robert Dumont s’adressa aux frères Brebœuf.

– Richard, Roland et vous Pierre, vous allez m’attendre au château avec Aline. Quant à vous Hervé, j’ai quelques questions à vous poser.

Puis, à Lanthier, il ordonna :

– Retournez auprès de votre femme, elle a besoin de vous.

– Elle est malade.

Le Manchot haussa les épaules :

– Peut-être pas, murmura-t-il, peut-être pas. Selon moi, elle est en excellente santé mentale... je ne pourrais pas en dire autant de tous ceux qui sont ici !

Et sans ajouter un mot, il entraîna Hervé à l’écart.

IX



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