Littérature québécoise








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Un service en attire un autre


– Que me voulez-vous, demanda Hervé, réticent.

– Aucun mal, rassurez-vous. Vous aimeriez être à mon emploi ? demanda le Manchot.

Hervé sursauta :

– Moi ?

– Oui, je suis persuadé que, comme enquêteur, vous pourriez réussir. Vous parlez peut-être un peu trop, mais ce n’est pas grave. Par exemple, vous semblez en savoir long sur tous vos frères, Roland et Richard, surtout. Vous les avez surveillés, pourquoi ?

Il commença par protester. Mais le Manchot se fit insistant :

– Vous avez dit à Roland que vous en saviez beaucoup sur lui. Vous avez affirmé que Richard trompait sa femme :

Hervé haussa les épaules :

– Je ne suis pas le seul à le savoir. Je suis allé le rencontrer à l’hôtel Mont-Royal, un samedi. Sa secrétaire, une demoiselle Kathy était là. Tous les deux partageaient une suite. Quant à Roland... eh bien... je... enfin... il a trompé sa femme.

– Vous êtes certain de ça ?

– Oui, je l’ai surveillé,

– Mais pourquoi ?

Il se dandinait sur une jambe, puis sur l’autre.

– C’est moi qui ai connu Gertrude le premier. Je l’aimais. Mais elle s’est intéressée à Roland. J’ai toujours aimé Gertrude.

– Et quand vous avez cru que son mari la trompait, vous avez voulu le lui prouver ?

– Oui. Mais je vous jure que jamais je n’ai osé tout dire à Gertrude. Je l’aime trop pour ça. Roland a décidé de briser la liaison. Il s’occupe beaucoup plus de Gertrude, mais il sait que je le surveille.

Le Manchot décida :

– Il est temps de communiquer avec les autorités provinciales. Et je vais leur demander une certaine collaboration.

– Pourquoi ?

– Pour démasquer l’assassin de votre père et je vais avoir besoin de vous, Hervé.

*

Le docteur Gouneau avait toutes les difficultés du monde à retenir Gertrude. Elle se disait mieux, voulait savoir ce qui s’était passé et insistait pour retrouver les autres à l’extérieur.

Mais la porte s’ouvrit et Candy entra en compagnie de Ninon. Cette dernière protestait.

– Je ne suis pas folle, j’ai vu mon oncle dans la fenêtre et j’ai fait feu. Je vous jure que je l’ai vu. Ils vont tenter de me faire enfermer.

Gertrude se précipita vers la cousine de son mari :

– Tu l’as vu, toi aussi, n’est-ce pas ? Eh bien, nous sommes trois, mademoiselle, toi et moi. Ninon s’écria :

– Qu’est-ce que tu dis ?

– Nous avons failli nous tuer. J’étais au volant de la voiture d’Hervé. Mademoiselle était à mes côtés et papa m’est apparu, sur la route. Demande à mademoiselle.

Candy alors déclara :

– J’ai bien vu quelqu’un mais j’ignore s’il s’agissait de monsieur Hector Brébœuf, je ne l’ai jamais connu.

Gertrude était catégorique :

– C’était mon père ! Je le connais, voyons.

– C’était mon oncle, fit Ninon comme un écho. Moi aussi, je l’ai connu, j’ai passé des heures près de lui. Il m’a juré qu’il m’apparaîtrait une fois mort.

Elle s’avança vers le médecin :

– Vous voyez bien que je ne suis pas folle ! Elle se dirigea vers la fenêtre.

– Regardez-les, ils causent à voix basse. Ils sont en train de comploter. Je me demande si Hubert m’aime encore. Il veut peut-être se débarrasser de moi.

Quelques instants plus tard, Candy vit le Manchot descendre d’un taxi. Ninon voulait aller le retrouver.

– Non, restons tous ici. Robert va venir me joindre. Je dois lui faire rapport. Qu’est-ce que ça vous donnerait de sortir ? Personne ne croit votre histoire... excepté moi.

Ninon regarda Candy. Brusquement, elle lui prit les mains.

– C’est vrai ? Vous me croyez, vous ne pensez pas que je suis folle ?

– Mais non. Faites confiance à monsieur Dumont. Il saura élucider tout ce mystère.

Le groupe se dispersait à l’extérieur. Le Manchot causa longuement avec Hervé, puis le détective lui remit les clefs de sa voiture.

Hervé se dirigea vers le château, pendant que le Manchot entrait dans le domaine de Lanthier.

– Où est Hubert ? demanda Ninon.

– Avec vos cousins. Nous irons tous les rejoindre plus tard.

Ninon recommença à protester :

– Monsieur Dumont, je ne suis pas folle...

– Madame, je vous demanderais de rester calme. Ça va demander un certain temps mais tout va s’éclaircir.

Le Manchot prit de nombreuses notes dans son calepin durant plus de cinq minutes. Personne n’osait troubler le silence.

Candy était demeurée près de la fenêtre. Elle vit la voiture du Manchot s’engager sur la petite route, menant au village. Elle le dit à son patron.

– T’en fais pas, Candy. J’ai demandé à Hervé d’accomplir un certain travail. Il a fait ce que je lui ai demandé et il se rend au village. Il devrait être de retour dans une heure ou deux.

Il demanda à Ninon :

– Il y a un appareil téléphonique dans votre chambre, madame ?

– Oui.

– Je puis m’en servir ?

– Certainement.

Le Manchot fit signe à Candy.

– Viens avec moi.

Une fois dans la chambre, le détective ferma la porte puis demanda à sa collaboratrice :

– Et ton enquête ?

– J’ai peur de vous décevoir, Robert. Les trois frères Brébœuf et madame Gertrude n’ont pas quitté le village de la soirée. Un chauffeur de taxi a affirmé avoir vu madame Gertrude qui se promenait dans le village. Tout est corroboré.

Le détective esquissa un sourire et se frotta les mains :

– Tant mieux, tant mieux, murmura-t-il.

– Comment ça, tant mieux ?

Le Manchot ne répondit pas à la question de Candy.

– Je vais avoir une mission spéciale à te confier pendant que nous serons tous réunis au château pour le souper.

Et il lui expliqua ce qu’il attendait d’elle.

– Pour le moment, va rejoindre les deux femmes et le docteur. Je dois communiquer avec la Sûreté du Québec. J’ai besoin de choses très spéciales. Selon moi, ce n’est qu’après le repas du soir que nous pourrons mettre un terme à cette affaire.

*

Le repas du soir était prêt. Le docteur avait accepté de manger avec les Brébœuf. Hervé venait d’arriver du village et le Manchot le prit à part.

– Vous n’avez pas eu de difficultés ?

– Non. En arrivant au château, j’ai pris mon trente-cinq millimètres, j’ai aussi pris les photos, mais au village, ce fut assez long. Le photographe avait du travail. Enfin, j’ai l’agrandissement, 8½ x 11, comme vous me l’avez demandé.

Il remit une enveloppe au Manchot. Le détective regarda la photo.

– Mais c’est très bien.

– C’est une caméra automatique que je possède, j’ai pu prendre quatre photos en cinq secondes. Le photographe a choisi la meilleure.

– Passons à la salle à manger, je ne veux pas que nous attirions l’attention inutilement. Vous aurez une identification à faire, mais il faut attendre l’arrivée des policiers provinciaux.

On s’installa à table. Aline et Ernest s’occupaient du service. Il y avait Gertrude, les quatre frères Brébœuf, Ninon, son époux, le Manchot et une chaise était libre, celle de Candy.

– Elle ne devrait pas tarder, dit le détective. Ne la servez pas immédiatement.

Aline, la gouvernante et Ernest le domestique mangèrent à la cuisine. On arrivait au dessert lorsque Candy parut.

Le Manchot ne put s’empêcher d’éclater de rire.

– Dis donc toi, où étais-tu passée ?

Candy était réellement drôle à voir. Elle avait les mains toutes sales, son chandail était taché et sa figure légèrement noircie.

– Je suis tombée, répondit la grosse blonde. Je vais faire un brin de toilette et je pourrai enfin manger. J’ai une faim de loup.

Et elle lança un clin d’œil à son patron.

– C’est toujours comme ça, quand j’accomplis mon devoir avec brio.

*

Quatre policiers provinciaux étaient arrivés, deux officiers et deux détectives.

– Vous avez apporté ce que j’ai demandé ? questionna le Manchot.

– Oui, fit un des détectives. Mais pourquoi avez-vous besoin de ça !

Le Manchot lui tendit une photo.

– Monsieur Hervé va vous accompagner dans une des chambres. Vous n’avez qu’à changer les yeux, le nez... enfin, suivez ses indications.

– Je connais mon travail.

Un des officiers se présenta :

– Je suis le lieutenant-détective Aubry. Que se passe-t-il exactement ? Vous avez parlé de meurtre. Au village, on chuchote qu’un mort est ressuscité.

– Soyez calme, lieutenant, je vais tout vous expliquer. Ma collaboratrice Candy vient tout juste de terminer son repas, et puis, il faut que j’attende les résultats de l’expertise de la photo.

Hervé ne tarda pas à revenir avec le détective. Il fit un signe affirmatif au Manchot.

Ce dernier invita tout le monde à prendre place dans le grand salon.

Roland, Gertrude, Ninon et son mari s’assirent sur le grand divan. Hervé, Richard et Ernest, quant à eux, s’installèrent dans des fauteuils. Le vieux domestique avait voulu rester debout pour aider Aline qui s’occupait de servir le café à tout le monde, mais Pierre avait offert de le faire à sa place. Le gros homme désirait s’asseoir près de Candy. Aussi, quand le café fut distribué, il s’approcha du fauteuil de l’assistante du Manchot.

– Vous me faites une petite place ?

– Vous seriez beaucoup mieux sur une des chaises droites qu’on a apportées de la salle à dîner.

Pierre en prit une qu’il colla au fauteuil de la plantureuse blonde. Les deux détectives étaient dans la porte menant au jardin. Le Manchot debout près du piano était entouré des deux officiers provinciaux.

Robert Dumont commença par résumer tous les événements. Il parla de la mort de Hector Brébœuf, de ses curieux agissements, de l’attitude de Ninon, du testament olographe et de l’appel qu’il avait reçu de son ami Lanthier.

– Pour l’instant, laissons de côté la mort de monsieur Brébœuf, nous allons parler de « résurrection ». Vous verrez que dans la vie, un service en attire un autre.

Pour le bénéfice des policiers, il raconta la surprise qu’avaient eue tous les parents et les amis de la famille lorsque Richard avait demandé à voir le corps de son père.

– Élucidons tout d’abord cette histoire de disparition. Une chose est certaine. Le corps n’a pu sortir du cercueil une fois que ce dernier fut à l’intérieur de l’église. Cela s’est fait avant. Car à compter de cet instant, le cercueil a toujours été à la vue de tout le monde.

Pierre déclara :

– Mais nous avons toujours vu le cercueil, vous faites erreur. Nous étions tous ici lorsque monsieur Girard a fermé le couvercle.

Le Manchot demanda au gros homme de ne pas l’interrompre.

– Tout ce que vous pouvez dire je le sais déjà, puisque j’étais là moi aussi. Tous les parents sont sortis de la chambre. Roland est resté seul avec le défunt car il voulait lui retirer ses bijoux.

Roland s’écria :

– Mais par la suite, j’ai appelé Girard, le directeur...

– Je sais, vous êtes resté dans la chambre avec l’entrepreneur de pompes funèbres qui a fermé le couvercle. À vous deux, vous aviez amplement le temps de soulever le corps et de le cacher dans la chambre, monsieur Brébœuf était très maigre et ne pesait pas cent livres, rappelez-vous. Donc, ça n’aurait pris qu’un instant... et à un certain moment, j’ai cru que j’avais découvert la vérité.

Roland poussa un soupir de soulagement. Cette phrase laissait entendre que le détective avait changé d’avis.

– Après avoir interrogé Girard, j’ai compris que cet homme ne pouvait pas s’être rendu complice de cette farce. Car la disparition du mort, c’était une farce. Monsieur Brébœuf a toujours dit qu’il reviendrait à la vie, il voulait s’amuser aux dépens de ses enfants, de ses héritiers. Au fond de lui-même, il ne croyait pas aux morts-vivants, mais il désirait faire revivre la légende. Pour ça, il lui fallait un complice. Un complice qui le libérerait de son cercueil et qui le ferait apparaître ensuite aux habitants du château. Quelques instants avant que l’on ferme le cercueil, nous étions tous là. Les porteurs et le chauffeur dans le grand salon, vous les quatre frères et Gertrude près de votre père, tout comme monsieur Lanthier, madame Rivard, la gouvernante, tous à l’exception de Ninon qui se reposait dans sa demeure... et Ernest, ce bon vieux domestique, à l’emploi de la famille depuis plus de vingt ans, le meilleur ami de monsieur Brébœuf. Hector avait rendu des dizaines de services à son domestique, il l’avait gardé à son emploi, il lui donnait un bon salaire sans qu’il ait beaucoup à travailler... il le logeait. Ce domestique, bon serviteur, pouvait-il refuser de s’amuser aux dépens des habitants du château ?

Ernest, le vieux domestique, se sentait mal à l’aise, il était devenu très pâle et bougeait continuellement.

– Mais de quelle façon, ce petit homme pouvait-il procéder pour faire disparaître le corps ? Je l’ai compris, mais ça été passablement long. J’ai deviné la vérité quand je me suis rendu compte qu’Ernest n’est pas arrivé à l’église en même temps que tous les autres, il était en retard. Mais j’en ai eu la certitude quand j’ai examiné le corbillard. Il est grand, long... il le faut, car parfois les cercueils sont énormes, comme m’a dit monsieur Girard. À l’intérieur du corbillard, tout le tour, il y a des draperies noires. Ernest a profité du temps où tout le monde était occupé, ici au château, avant le départ du cortège, pour se glisser dedans et se cacher derrière les draperies. C’était inutile, car aucun des porteurs n’entre dans le fourgon. On ne fait que pousser le cercueil. Pendant que le cortège faisait route vers le village, Ernest a ouvert le couvercle, soulevé le corps, l’a caché derrière les tentures et a refermé le couvercle, imaginez la scène : À l’église, on sort le cercueil vide. Les porteurs ne s’en rendent pas compte, monsieur Brébœuf était si léger. Ernest attend. Quand tous les curieux sont entrés dans l’église, qu’il n’y a plus personne dehors, il descend du corbillard. J’ignore si je fais fausse route mais j’ai l’impression qu’il avait dû, bien avant l’heure des funérailles, stationner sa vieille bagnole près de l’église, car c’est dans sa voiture qu’il s’est rendu au cimetière. Donc, pour moi, il a approché son véhicule du corbillard et rapidement, il a glissé le corps de monsieur Brébœuf dans le coffre arrière. Le tour était joué. Au cimetière, quand on a ouvert le cercueil, on a cru le mort ressuscité. Plus tard, pour accomplir sa promesse, Ernest s’est caché sur la route avec le cadavre. Une voiture approchait. Il a soulevé le corps et l’a placé devant le rocher. Gertrude et ma collaboratrice Candy auraient pu trouver la mort dans cet accident. Plus tard, Ernest, qui savait que Ninon, très impressionnable, était dans la chambre de la maison des Lanthier, s’y est rendu avec le corps. La fenêtre était ouverte. Il a frappé, il a même parlé à Ninon en changeant sa voix, puis tenant le cadavre à bout de bras, il l’a placé devant la fenêtre. Mais là, oh surprise ! Ninon Lanthier est armée et fait feu à trois reprises. Les balles touchent la figure du cadavre. Ernest s’enfuit à toutes jambes. Le cadavre est défiguré, il ne pourra plus lui servir. Il retourne chez lui. Rappelez-vous, il est le seul à avoir fouillé les environs de sa maison. Qu’a-t-il fait du cadavre ?

Le détective se tourna vers Candy.

– Je te laisse la parole.

La blonde déclara :

– J’ai bien vu, dans la cave, que la terre avait été remuée. Ce ne fut pas facile. Il avait enterré le corps à au moins trois pieds de profondeur. J’ai travaillé comme une forcenée. Mais j’ai retrouvé la victime qui a deux balles dans la tête et une dans le cou. Je vous félicite, madame Lanthier, même si vous n’avez aucune expérience, vous visez juste !

Le domestique se leva brusquement :

– Tout ce que vous dites est vrai. Mais vous avez parlé de meurtre. Je vous jure que je n’ai pas tué monsieur. Oh, je sais, je n’aurais jamais dû me prêter à cette comédie macabre. Mais avant qu’il fasse son testament olographe, monsieur m’a fait jurer de lui obéir. Si je refusais, il me déshéritait. Je n’aurais pas dû.

Et ce vieil homme éclata en sanglots.

– Allons, monsieur Lavigueur, je ne vous ai pas accusé d’avoir tué votre maître. Je n’approuve pas la comédie tragique que vous avez jouée et possible qu’on porte des accusations contre vous, mais vous n’êtes pas un assassin. Alors, si vous le voulez bien, nous allons maintenant parler de la mort de monsieur Brébœuf. C’est ce qui m’a trompé. Je croyais que la personne qui l’avait tué était celle qui avait fait disparaître le cadavre. Voilà pourquoi j’ai mis tant de temps à comprendre.

Le Manchot demanda à la gouvernante, Aline Rivard, de s’asseoir. Plus personne n’avait l’idée de boire du café. On était suspendu aux lèvres du Manchot.

Robert Dumont reprit alors :

– Pendant que Gertrude, son mari, Hervé et Pierre sont à la fête, au village et que Richard est à Montréal, leur père meurt. Quand j’arrive, Aline Rivard me fait voir un verre ayant contenu du lait. Elle affirme, qu’au cours de la soirée, une femme est entrée dans la chambre de monsieur Brébœuf, elle a entendu des voix. Elle a entrouvert la porte mais n’a vu la femme que de dos. Il n’y avait qu’une veilleuse dans la chambre. Tout ce qu’elle peut affirmer, c’est que la femme portait une robe pâle, qu’elle était blonde et très délicate. C’est la meurtrière, il faut que ce soit elle. Deux personnes seulement répondent à cette description. Ninon Lanthier et Gertrude, l’épouse de Roland. Ninon est sortie de sa maison pour prendre l’air au cours de la soirée. Elle portait une robe de nuit et un déshabillé blanc. Mais pourquoi aurait-elle tué un homme qui la comprenait, qui ne la traitait pas de folle, qui l’aimait véritablement ? Ninon reprend goût à la vie, elle est heureuse avec son mari. Pourquoi aurait-elle commis ce meurtre ? Restait Gertrude. Pendant près d’une heure, elle a quitté la fête, disant s’être promenée dans le village. Elle aurait pu revenir au château. Mais voilà, Candy, mon assistante, a eu la preuve, cet après-midi que madame Brébœuf disait la vérité. Elle a été vue dans la rue, au village alors qu’elle se promenait. Mais alors, qui reste-t-il ? Et brusquement, je me suis posé une question : « Si madame Aline Rivard avait menti, si personne n’était allé voir son malade ? Après tout, elle est la seule à affirmer que monsieur Brébœuf a reçu la visite d’une femme. » Alors, j’ai compris qu’elle était la seule et unique personne à avoir pu empoisonner Brébœuf. Il avait confiance en elle. Elle lui donnait ses remèdes. Ce soir-là, elle a donné le poison au malade puis, elle a caché le verre. Elle s’en servirait en temps et lieu. Elle me l’a remis. J’ai envoyé le verre à Montréal. Un chimiste l’a analysé, il y avait bien de l’arsenic dans le lait !

Aline bondit :

– Mais c’est faux... faux. Pour tuer quelqu’un, il faut un mobile. Je n’en avais aucun.

Le Manchot l’approuva. Elle avait entièrement raison.

– Quelqu’un pouvait deviner que monsieur Brébœuf avait été empoisonné.

– Moi, par exemple, fit Richard, j’ai été le premier à en parler.

– Juste. Vous courez au-devant des coups, Richard Brébœuf, c’est la meilleure façon de camoufler un meurtre !

– Quoi ? Mais cet après-midi, vous m’avez dit que...

– Cet après-midi, je vous ai accusé, mais il me manquait plusieurs éléments. Ensuite, j’ai compris. Votre complice, Aline Rivard tue votre père. Vous savez qu’il vous déshéritera, qu’il laissera sa fortune à une nièce. Votre père vous écrit souvent. Il a confiance en vous, il vous confie tous ses secrets. Vous devez tuer votre père avant qu’il ne rencontre le notaire. Alors, c’est vous qui faites engager la gouvernante. Elle agira au moment propice. La chance se présente le jour de la fête au village, une chance unique car monsieur Brébœuf a fait acheter de l’arsenic pour qu’on élimine les rats. Vous n’avez même pas besoin de donner le poison à votre complice.

– Mais empêchez-le de dire de telles conneries, hurla Richard. Je n’étais pas là, le soir de la mort de papa, j’ai un alibi et je ne connaissais pas Aline Rivard. Je savais qu’elle avait déjà travaillé comme aide-infirmière, c’est tout.

Le Manchot fit signe à un des policiers qui s’avança avec une grande enveloppe.

– Vous m’avez menti cet après-midi en me disant que vous aviez passé la fin de semaine avec votre maîtresse et secrétaire Kathy. J’ai téléphoné au Mont-Royal. On n’a pas vu votre secrétaire depuis quelques semaines. Elle n’est plus avec vous. Pourquoi ?

Le détective s’avança vers Aline :

– Quand je vous ai vue pour la première fois, je me suis cru en face d’une caricature de vieille fille. Cheveux lisses, lunettes à montures de corne larges et foncées, une ligne mince et rouge sur les lèvres pour faire croire qu’elles sont fines, des sourcils épais, votre costume... non, c’était trop, ce n’était pas naturel. Une seule personne, ici, avait déjà vu Kathy, la maîtresse et la secrétaire de Richard Brébœuf.

– Moi, dit Hervé.

– À ma demande, il a pris rapidement des photos de la gouvernante. Il s’est rendu au village. C’était urgent. Il a fait développer son film et fait agrandir les photos. Il en a gardé une seule.

Le détective la sortit de la grande enveloppe et la montra.

– Elle est bonne, n’est-ce pas ? Vous devez connaître sûrement cette méthode policière qui sert à identifier des suspects. Sur une photo ou un dessin, on place des yeux, on change la coiffure, on place d’autres lèvres. Hervé a collaboré avec les policiers et vous allez voir ce que ça a donné.

Le policier provincial mit la photo sur la petite table. Il sortit une feuille de mica. On n’y voyait qu’une coiffure. Il la fixa sur la photo. Il plaça une autre feuille mince qui remplaçait les yeux, les lunettes et les sourcils épais de Aline Rivard.

– Et maintenant, des lèvres, charnues, bien dessinées, fit le policier.

Il souleva la photo. Aline Rivard était devenue une fort jolie fille, approchant la trentaine, complètement méconnaissable.

– Aucune erreur possible, c’est Kathy, la secrétaire de mon frère Richard.

Ce dernier voulut se jeter sur Hervé. Mais immédiatement, Roland et Pierre bondirent sur lui et avant même que les policiers puissent intervenir, ils avaient mis leur frère aîné hors de combat.

– Une fois en possession d’une bonne fortune, après s’être débarrassé de ses commerces qui ne doivent pas rouler aussi bien qu’on le croit, Richard se serait séparé de son épouse et aurait épousé sa secrétaire, sa complice, celle qui a tué Hector Brébœuf !

*

Robert Dumont revint à Montréal en compagnie de sa collaboratrice Candy Varin.

– J’espère Robert, qu’on ne portera pas d’accusation contre ce vieux domestique. Il est sympathique.

– Je ne crois pas. Mais il est chanceux. Il aurait pu tuer Gertrude ; Ninon Lanthier a fait feu sur le cadavre, mais elle aurait pu l’atteindre. Heureusement, tout a bien tourné.

En arrivant à Montréal, le Manchot demanda :

– Je te laisse chez toi ?

– Non, je vais descendre à Cartierville, j’ai laissé ma voiture là lorsque j’ai pris l’hélicoptère. Nous nous retrouverons au bureau demain matin.

Bientôt, le couple se sépara, le Manchot rentra chez lui et Candy fit route vers son appartement. Elle stationna sa voiture devant la porte de la maison-appartements où elle habitait, entra, prit l’ascenseur et se rendit au sixième étage. Elle logeait dans un grand quatre pièces.

Elle allait introduire la clef dans la serrure de son appartement lorsque soudain elle perçut un bruit.

« Ah çà ! mais il y a quelqu’un à l’intérieur. »

Elle colla son oreille contre la porte. Aucune erreur possible. Elle entendait non seulement du bruit mais son appareil de radio ou de télé fonctionnait. On pouvait entendre une faible musique.

« Qui ça peut-il être ? Personne ne possède la clef de mon appartement. Si c’est un voleur, il n’écouterait pas de la musique. »

Prenant son courage à deux mains, elle introduisit la clef dans la serrure et ouvrit la porte.

Qui donc se trouve dans l’appartement de Candy ? Ne court-elle pas un grand risque en entrant dans son logis ? N’aurait-il pas été préférable qu’elle communique avec la police ?

Suivez régulièrement la seule série policière mettant en vedette un Québécois, le détective Robert Dumont, « Le Manchot ».

Cet ouvrage est le 451e publié

dans la collection Littérature québécoise

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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