Littérature québécoise








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Paul Verchères

Le porto empoisonné



BeQ

Paul Verchères

Les aventures extraordinaires de

Guy Verchères # HS-057

Le porto empoisonné
L’Arsène Lupin canadien-français

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 579 : version 1.0

Le porto empoisonné
Collection Guy Verchères

gracieuseté de Jean Layette

http ://www.editions-police-journal.besaba.com/

I


Le vieux financier retiré Victor Lachapelle soupira profondément, et posa son verre sur son immense pupitre.

Une lampe éclairait brillamment le meuble, où se voyaient, rangés avec l’ordre dont il était si fier, divers objets.

Un magnifique encrier et porte-plume.

Un buvard de prix.

Une boîte d’ébène où dormaient des cigares à l’arôme délicat.

Sur le buvard, du papier.

La feuille du dessus et à moitié couverte d’une écriture fine, régulière, encore souple malgré le grand âge de celui qui l’avait tracée.

Le reste de l’immense étude, dont les murs étaient couverts, de haut en bas, par des rayons où s’alignaient des milliers de livres, était noyé dans l’ombre.

Victor Lachapelle marcha vers un des rayons, ouvrit la porte battante qui le recouvrait, puis sortit un bouquin.

Il apporta le tome relié de beau cuir jusqu’au pupitre, le déposa sur le verre, l’ouvrit, et en consulta quelques pages, debout.

Puis il rapporta le livre à sa place, referma la porte. Victor Lachapelle était à écrire ses mémoires. C’était une tâche de longue baleine, et l’illustre financier, dont la mémoire pourtant encore alerte, défaillait à certains moments, reculant devant l’âge, devait souvent consulter des volumes d’époques, pour arriver à bien aligner ses souvenirs.

Il prit place de nouveau sous la lampe, se versa un verre de porto à même une carafe sur un guéridon à côté du bureau.

Il but le porto.

Quelques instants plus tard, le visage lui tressaillait. Une grimace d’horrible souffrance lui tordait le visage, et il tombait, foudroyé.

L’étude retomba dans un silence absolu.

Dans la maison, on pouvait entendre quelques bruits épars.

Des pas.

Des voix parfois, mais ce n’était pas à cause d’une mauvaise sonorité de la maison.

En bas, au sous-sol, dans la salle de danse aménagée à cet effet, Micheline Lachapelle donnait une danse intime pour une vingtaine d’amis.

Les bruits crevaient malgré tout les murs épais à l’épreuve du son.

Victor Lachapelle resta longtemps ainsi, avant d’être découvert.

En bas, la danse était finie, et les invités étaient retournés chez eux.

Et au deuxième étage, tout le monde dormait.

Ce fut le valet de Victor Lachapelle, Firmin, qui le découvrit.

Il avait longuement attendu que son maître le sonnât, mais voyant qu’il pourrait veiller bien tard, de cette façon, il avait décidé de se rendre demander au vieillard s’il requerrait quelque chose avant de se coucher.

Il frappa à la porte.

Pas de réponse.

« Il est peut-être allé se coucher sans me sonner », se dit-il.

Il frappa de nouveau.

Pas de réponse encore.

Il jeta un coup d’œil par le trou de la serrure, et vit qu’il y avait encore de la lumière dans le bureau.

Il se décida à entrer.

« Il dort peut-être », songea-t-il.

En voyant le vieillard ainsi affalé sur son bureau, Firmin crut qu’il s’était endormi en effet, sous l’empire de la fatigue...

– Pauvre vieux, il travaille trop fort pour ses énergies...

Mais en approchant, il vit le contraire.

(L’extraordinaire immobilité, la rigidité du corps, l’absence de toute trace de vie...

Firmin toucha au front...

Puis il poussa un cri !

– Il est mort !

Son premier soin fut de courir au deuxième, réveiller Germain Lachapelle, le fils du défunt.

– Venez vite, dit Firmin. Je crois que monsieur est... est mort...

Germain passa rapidement une robe de chambre, et descendit à la course avec Firmin.

Il n’y avait aucun doute possible.

Victor Lachapelle était mort.

Immédiatement, Germain Lachapelle réveilla le reste de la maisonnée, et la nombreuse famille du défunt s’attroupa devant le grand pupitre, contemplant la figure sans vie de celui qui avait été leur maître, leur tyran même, car l’intransigeance du vieillard était bien connue...

Aucune douleur ne se fit sentir par des larmes ou des cris.

Si cette mort surprenait, elle semblait par ailleurs les laisser étrangement froids.

Il est vrai que l’immense fortune du défunt allait maintenant échoir à tous et chacun d’entre eux, suivant le degré de parenté, et les préférences de Victor Lachapelle.

Aucun n’avait donc de raison d’être bien peiné.

Victor Lachapelle les avait tenus là, dans cette maison, n’accordant à chacun qu’une mince allocation hebdomadaire, et répondant à toute plainte à ce sujet par les simples mots :

– Si vous en voulez plus que ça, travaillez ! Vous en gagnerez !

Mais travailler, pour un descendant de Victor Lachapelle, était un déshonneur.

Oisifs toute leur vie, ils n’allaient pas commencer maintenant.

On se disait :

– Le vieux ne fera pas long... Après, on se paiera du bon temps.

En attendant, chacun vivait bien, mais sans grand luxe.

À l’exception de Patricia, petite-fille de Victor Lachapelle, et sa préférée.

À celle-là, il n’avait jamais rien refusé.

Chose qu’on lui faisait souvent sentir, ou encore attitude du vieux qui aidait beaucoup ceux pour qui Patricia intercédait.

Ce fut Germain Lachapelle qui sortit le premier de la stupeur générale.

– Il faut téléphoner à la police, dit-il.

Ce fut une exclamation générale :

– La police ? Pourquoi ?

– C’est une mort subite, il faut une enquête du coroner. Ce n’est pas moi qui fais la loi.

Il téléphona aux quartiers-généraux...

– Ici Germain Lachapelle. Mon père, Victor Lachapelle, vient de mourir subitement. Je voudrais faire rapport de cette mort.

À l’autre bout de la ligne, l’ordre fut bref, péremptoire :

– Ne touchez à rien, ne dérangez pas le cadavre de la position dans laquelle vous l’avez trouvé. Nous y allons immédiatement.

Germain Lachapelle ferma la ligne, revint vers le groupe.

– Il ne faut toucher à rien, dit-il. Vous n’avez rien dérangé ?

Ils protestèrent tous qu’ils étaient restés là, sans bouger, qu’ils n’avaient rien pris.

À Firmin, Germain demanda :

– Et vous, Firmin ?

– Je n’ai rien touché, je n’ai rien dérangé. Tout est tel que j’ai trouvé la pièce.

– Merci beaucoup. Ne touchez à rien.
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