Littérature québécoise








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IV


Eugène Monfort était un véritable savant, mais pas un savant comme on se l’imagine.

C’était un travaillant, un génie, mais contrairement à ses confrères, il ne passait pas ses journées et ses nuits enfermé dans son laboratoire.

Ce n’était pas un taciturne. Il aimait sortir, s’amuser.

Il s’était fait un plan de travail.

Le matin, il entrait dans son laboratoire à huit heures et travaillait jusqu’à midi.

Il prenait une heure trente pour dîner.

Ensuite, il travaillait jusqu’à six heures.

Tous les soirs, il sortait, soit qu’il aille au cinéma, dans les clubs, ou chez des amis.

Selon lui, c’était là la meilleure méthode de travail.

– Si je reste enfermé 20 heures par jour dans mon laboratoire, je vais devenir fou.

Cependant, Monfort avait un défaut qui lui faisait perdre beaucoup de temps.

Il aimait la boisson.

Il buvait continuellement, sans trop se déranger.

Cependant, certains soirs, au club, il s’oubliait, et le lendemain, il s’éveillait avec une tête aussi grosse que sa maison.

Ces matins-là, l’ouvrage n’avançait pas, et Monfort faisait la promesse de ne plus boire.

Mais il recommençait une couple de jours plus tard.

Âgé de trente-cinq ans seulement, il était garçon, et beau garçon.

Il avait plusieurs amies, mais jamais l’idée de se marier n’était venue à son esprit.

Il semblait destiné à rester garçon.

Il habitait une grande maison rue Delorimier près de la rue Rachel.

C’est à l’arrière de sa maison, dans deux grandes pièces, qu’il avait établi son laboratoire.

Monfort avait fait poser des serrures de sûreté à ses portes et s’était acheté un énorme chien de garde.

Il ne craignait ni les espions, ni les voleurs.

À leur arrivée à Montréal, IXE-13 et ses amis s’installèrent dans une maison de pension, non loin de la demeure de Monfort.

Le même jour, IXE-13 et Marius se mirent à surveiller la demeure du savant.

– Peuchère, patron, je crois que nous avons fait une erreur.

– Comment ça ?

– Il va nous falloir surveiller cette Nadia.

– Je le sais... je compte bien l’empêcher de mettre la main sur les plans de Monfort.

– Elle va se douter de quelque chose...

– Ne crains rien... nous trouverons une idée.

Déjà, un plan se formait dans l’imagination d’IXE-13.

– Marius ?

– Oui.

– As-tu déjà entendu parler du Vengeur ?

– Jamais.

– Eh bien, tu vas en entendre parler avant longtemps.

– Ah !

IXE-13 n’en dit pas plus long.

Il avait ouvert l’enveloppe que lui avait remise le Commandant Korofky.

Il avait envoyé un mot au Colonel Boiron lui disant de surveiller le type à qui il devait remettre les formules de Monfort.

En faisant surveiller cet espion communiste, le Colonel réussirait certes à mettre la main sur toute une organisation.

C’était déjà une belle victoire pour les Alliés.

Nadia ne se douterait jamais qu’IXE-13 était au fond de cette affaire.

Le Canadien avait pris soin de décoller l’enveloppe à la vapeur, puis de la recoller par la suite.

De plus, il l’avait remise à Nadia.

– Prends-en bien soin, je pourrais la perdre.

Une fois la mission... non accomplie, ce serait Nadia qui brûlerait l’enveloppe.

À huit heures, ce soir-là, IXE-13 et Marius surveillaient de loin la maison de Monfort.

Ils virent sortir le chimiste.

– Bonne mère, il n’est pas vieux.

– Tiens, il a une voiture... suivons-le.

Nos deux amis sautèrent dans un taxi.

La voiture de Monfort se dirigeait vers le bas de la ville, puis tourna vers l’ouest.

Enfin, elle s’arrêta devant un club de nuit.

IXE-13 et Marius entrèrent à la suite de Monfort.

Ils s’installèrent à une table éloignée de celle du savant.

Ce dernier dansa et but jusqu’à une heure du matin.

Il allait de table en table inviter les plus jolies filles.

– Peuchère, Nadia n’aura aucune difficulté à faire sa conquête.

À deux heures, nos amis revenaient à leur pension.

Ils contèrent à Nadia et à Gisèle tout ce qui s’était passé.

Nadia, qui semblait prendre la direction de la troupe, décida :

– Voici ce que nous allons faire. Tout d’abord, il nous faudrait quelqu’un dans la maison de Monfort.

– Pourquoi ? demanda Gisèle.

– Pour que nous puissions être renseignés sur ses allées et venues sans être obligés de le suivre.

IXE-13 eut une idée.

– Je crois que j’ai trouvé.

– Quoi ?

Il s’adressa à Marius :

– Nous avons surveillé la maison de Monfort toute la journée, n’est-ce pas ?

– Oui.

– Selon toi, c’est une grande maison ?

– Au moins sept ou huit appartements.

– C’est ce que je pense moi aussi. Lorsque Monfort est sorti, il n’y avait plus de lumière dans la maison ?

– Non.

– Et personne autre que lui n’en est sorti.

– Non.

– Donc, conclusion, il est seul. Il demeure seul. Il est obligé d’entretenir lui-même sa maison, préparer ses repas, faire son ménage, répondre au téléphone, en plus de travailler.

Gisèle sursauta :

– Je l’ai... il lui faudrait une servante.

– Justement.

Nadia fronça les sourcils :

– Hum... ce serait difficile de se présenter chez lui sans être envoyé par quelqu’un.

– Vous avez raison, Nadia. Aussi, c’est vous qui allez présenter Gisèle à Monfort.

– Moi ?

– Oui. Demain, nous surveillerons de nouveau Monfort... demain soir, c’est-à-dire. Nous vous dirons où il se rendra... sans doute dans un nouveau club. Nous vous téléphonerons et vous et Gisèle, vous vous rendrez à ce club.

– Je comprends... je m’occuperai du reste.

– Pour le moment, si vous le voulez, nous allons dormir... et demain, nous passerons à l’action.

*

Ce n’est qu’à six heures du soir que Marius et IXE-13 reprirent leur faction devant la demeure de Monfort.

Il ne servait à rien de s’y rendre plus tôt, le chimiste ne sortait jamais avant six heures ou même sept heures.

Ce soir-là, Monfort sortit de chez lui à six heures trente.

Il monta de nouveau dans sa voiture.

– Taxi, cria IXE-13.

Ils montèrent dans l’automobile.

– Voulez-vous suivre cette voiture qui vient de partir, s’il-vous-plaît ?

– Certainement.

Les deux automobiles partirent à la suite l’une de l’autre.

– Pas trop près, recommanda IXE-13 au chauffeur. Je ne veux pas qu’il sache qu’on le suit.

L’automobile de Monfort s’arrêta près d’un théâtre rue Ste-Catherine est.

Le chimiste entra, acheta son billet et entra au cinéma.

– Bonne mère, il va falloir attendre un autre soir.

– Je vais avertir Nadia et Gisèle.

IXE-13 renvoya le taxi et entra dans un restaurant.

Il téléphona à la maison de pension.

– Allo, qui parle ?

– C’est Nadia.

– Ici Jean.

– Et puis, où est-il allé ?

– C’est regrettable, Nadia, mais il va falloir attendre à un autre soir.

– Comment ça ?

– Monfort est allé au cinéma.

– Au cinéma ?

– Oui.

La jeune Russe s’écria :

– Mais, c’est parfait... parfait.

– Comment ça ?

– Dites-moi où est situé ce cinéma et attendez-moi à la porte.

– Mais...

– J’ai mon plan. Nadia a plus d’un truc dans son sac.

IXE-13 lui dit l’endroit où se trouvait le théâtre.

– Attendez-moi à la porte.

IXE-13 raccrocha.

– Diable, quelle idée cette Russe peut-elle encore avoir ?

*

Gisèle et Nadia étaient devenues deux excellentes amies. Du moins, elles semblaient l’être.

– Nous sortons ? demanda Gisèle.

– C’est-à-dire... je sors.

– Je ne vais pas avec toi ?

– Non... ce chimiste est allé au cinéma. Je vais le rejoindre... seule.

– Tu ne vas pas faire sa connaissance, dans un cinéma.

Nadia se mit à rire :

– Ma pauvre Gisèle. On voit bien que tu n’es pas habituée avec les hommes.

Nadia mit une de ses plus belles robes, se coiffa à merveille, puis se tourna vers Gisèle.

– Dis, tu me trouves belle ?

– Pas mal.

Gisèle ne disait pas le fond de sa pensée.

Nadia était tout simplement ravissante.

– Tu vas revenir tard ?

La Russe sourit :

– Tout dépend... si ça va bien... je ne serai peut-être pas de retour... avant demain matin. Bonsoir Gisèle.

Nadia sortit.

Elle sauta dans un taxi, mais au lieu de se faire conduire vers le théâtre de l’est, elle se dirigea vers l’ouest.

Elle arrêta à l’hôtel Continent.

– Je voudrais avoir une chambre, dit-elle.

– Bien, mademoiselle... une grande chambre ou une petite ?

– Ce que vous avez de mieux... j’ai beaucoup d’amis, vous comprenez.

– Bon... je vais vous donner la chambre 618, mademoiselle.

Elle signa dans le cahier :

– Nadia Dupras.

Elle se tourna ensuite vers le commis :

– Garçon ?

– Oui ?

– Pouvez-vous faire monter à ma chambre une couple de bouteilles... disons une bouteille de vin et une bouteille de fort... votre meilleur.

– Mademoiselle... c’est...

Mais Nadia lui tendait déjà un billet.

– Très bien, mademoiselle, ce sera fait.

– Avec quelques verres, s’il-vous-plaît.

Nadia monta à sa chambre.

Quelques minutes plus tard, le garçon apparut.

Il tenait des draps à la main.

– Mademoiselle, je viens changer votre lit.

Nadia ouvrit la porte.

Le garçon déposa les draps sur le lit, et tira d’entre deux draps, un paquet contenant deux bouteilles et quatre verres.

– Voilà ce que vous m’avez demandé, mademoiselle.

Nadia lui fit son plus beau sourire :

– Merci infiniment.

Le garçon ne pouvait s’empêcher de l’admirer.

– C’est la plus belle femme qui soit venue à cet hôtel depuis plusieurs mois.

Elle paya la note et le garçon sortit.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

– Huit heures quinze... Marius et Jean doivent être découragés.

Elle sortit rapidement de sa chambre et sauta dans un taxi. Elle se fit conduire à la porte du théâtre où l’attendaient Marius et IXE-13.

– Qu’est-ce que tu fais ? Ça fait plus d’une heure qu’il est entré...

– J’ai été retardé.

Elle leur dit :

– Vous allez entrer en même temps que moi, et vous essaierez de trouver Monfort dans l’obscurité.

– Bon !

IXE-13 alla acheter les billets.

Tous les trois entrèrent au théâtre.

Ils s’installèrent dans une des dernières rangées.

– Il n’y a pas beaucoup de monde, murmura Nadia.

Puis, s’adressant à IXE-13 :

– Tu vois où il est ?

– Non... attends que mes yeux s’habituent à l’obscurité.

Évidemment, Monfort n’était pas à l’arrière.

– Voici ce que je vais faire, fit IXE-13. Je vais prendre cette rangée et aller jusqu’à l’avant. Je prendrai un banc... et dans une dizaine de minutes, je me lèverai... je vous dirai si je l’ai vu. Sinon, Marius fera la même chose, dans l’autre rangée.

– Entendu.

IXE-13 descendit jusqu’à l’avant.

Il regardait un peu partout, mais ne vit pas le savant.

– Il doit être de l’autre côté.

IXE-13, sans attendre, revint jusqu’en arrière.

Le placier l’arrêta.

– Écoutez, l’ami, placez-vous.

– Je croyais avoir vu un de mes chums... je me suis trompé.

Il reprit sa place près de Nadia.

Quelques secondes plus tard, le Marseillais descendait dans l’autre rangée.

Il aperçut Monfort, assis juste sur le bord d’une rangée.

Le siège à ses côtés était occupé par un autre homme.

Marius, pour ne pas éveiller l’attention du placier, prit un siège et attendit un gros cinq minutes.

Puis, il se leva, alla à la salle de toilette des hommes, et en revenant, il aperçut Nadia occupée à s’acheter des bonbons dans une machine spéciale à l’arrière.

Il lui murmura :

– Suis-moi de loin... je vais m’asseoir juste en avant de lui... il y a un siège libre.

– Le siège à ses côtés est-il libre ?

– Non.

Nadia fit une moue.

– Vas-y quand même.

Marius descendit et s’assit juste en avant de Monfort.

Nadia prit place quelques rangées en arrière du chimiste.

Elle était là depuis environ dix minutes, lorsque l’homme qui se trouvait aux côtés de Monfort se leva.

Nadia attendit encore un cinq minutes.

Puis, elle se leva et s’avança lentement.

Comme une personne qui vient d’entrer dans un théâtre, elle fit semblant d’avoir de la difficulté à se diriger.

Elle mit la main sur le bras du banc de Monfort.

– Oh... pardon.

Monfort se leva pour la laisser passer.

Nadia étendit la main pour voir s’il y avait quelqu’un sur le banc suivant, et elle s’assit.

IXE-13 s’avança à son tour.

Il voulait voir travailler la Russe.

Monfort se tenait bien droit et regardait le film.

À un certain moment, il se tourna vers Nadia pour la regarder.

– Hum... jolie, cette fille, se dit le chimiste.

On jouait justement un film comique.

Nadia riait et s’amusait.

Monfort soupira un peu, puis, se tournant vers Nadia :

– Ils sont drôles ces Américains.

Nadia se retourna, le regarda quelques secondes, puis lui sourit.

– Très drôles, dit-elle.

Elle s’aperçut que Monfort tenait sa main sur le bras de son banc.

Nadia avança la sienne et frôla celle de Monfort.

– Oh, excusez...

Elle recula légèrement sa main.

Le chimiste ne remua pas.

Leurs mains se frôlaient de temps à autre et Nadia ne disait rien.

Elle adressait des petits sourires à Monfort, lorsque le film s’y prêtait.

Petit à petit... Nadia avançait sa main sous celle de Monfort.

Le chimiste la prit enfin dans la sienne.

Nadia fit mine d’être insultée un peu :

– Monsieur...

Monfort sourit :

– Les bancs sont tellement près qu’on se touche sans le vouloir.

Nadia se mit à rire et lui serra la main :

– Vous croyez ?

Monfort rit à son tour.

– Quelle est donc jolie, cette fille-là.

Maintenant, ils causaient souvent à voix basse comme de vieux amis.

Lorsque le film arriva à l’endroit où Monfort était entré, le chimiste ne se leva pas.

– Vous veniez d’arriver, je suppose ? demanda-t-il à Nadia.

– Non... j’étais à l’arrière.

– Avez-vous vu cette partie ?

– Pourquoi me demandez-vous ça ?

– Si nous sortions ensemble, je pourrais me permettre de vous offrir quelque chose.

– Mais... je ne vous connais pas.

– Moi non plus... c’est justement pour faire plus ample connaissance que je me permets.

– Alors, j’accepte.

– Tout de suite ?

– C’est aussi bien... le film ne m’intéresse pas tant que ça...

Ils sortirent du cinéma.

IXE-13 et Marius se rejoignirent à la porte.

– Ça, par exemple.

– Peuchère, regardez... elle monte dans sa voiture.

– Marius... cette petite est très forte... et très jolie... Ça l’aide énormément.

Le Canadien réfléchissait profondément.

– Elle semble m’aimer... m’aimer à la folie... si je pouvais la transformer... en faire une Canadienne... c’est peut-être difficile... mais quand on aime... ça ferait certes une des meilleures espionnes pour notre pays.

Est-ce un projet ridicule, ou IXE-13 a-t-il réellement l’intention d’essayer de le mettre à exécution ?
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