Essai IL s'agit des esquisses de personnages et de lieux que Dickens avait recueillies dans un carnet depuis son plus jeune âge








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Bleak house

(1852-1853)

La maison d’âpre-vent”
Roman
La Chancellerie s’occupant du cas de l'héritage Jarndyce contre Jarndyce, l'héritage finit par être complètement absorbé par les frais de succession. Cela entraîne la ruine et la mort d'un jeune homme malchanceux, Richard Carstone qui, avec sa cousine, Ada Clare, à laquelle il s'était secrètement marié, mettait tous ses espoirs sur cet héritage. Le récit est fait en partie par une compagne d'Ada, Esther Summerson, qui vénérait son vieil époux, Jean Jardnyce, mais éprouvait, pour un jeune docteur, Woodcourt, un amour auquel finalement Jardnyce ne s'opposa pas. Cette prétendue orpheline est, en fait, la fille illégitime de lady Dedlock et d'un certain capitaine Rawdon que l'on croyait disparu dans un naufrage, mais qui vit toujours et mène l'existence d'un pauvre clerc. Lady Dedlock découvre son existence, mais c'est seulement par les mauvais offices d'un avocat marron et retors, Tulkinghorn, qui menace de révéler le mystère à lord Dedlock. La nuit même, Tulkinghorn est assassiné, et l'assassin n'est autre qu'une Française, une femme violente qui a été autrefois femme de chambre chez lady Dedlock. Cette dernière, qui est certaine que son mari est au courant de son secret, s'enfuit de chez elle, désespérée, et on la retrouve morte auprès de la tombe de son ancien amant, décédé quelques jours plus tôt.

Parmi les personnages de second plan, beaucoup sont fort intéressants : Harold Skimpol, un égoïste qui passe pour un vaurien ; miss Jellyby, qui sacrifie sa propre famille à sa manie de la philanthropie ; le balayeur Jo, qui est poussé à la mort par les persécutions de la police ; miss Flite, qui a perdu la raison, à force de fréquenter les séances de la Chancellerie ; l'irascible et généreux ami de Jardnyce, Boythorn et quelques autres.
Commentaire
Le cas Jardnyce contre Jardnyce s'inspirait d'une affaire qui avait réellement eut lieu et qui avait eu pour point de départ la mort «ab intestat» d'un certain William Jennings, en 1798, à Birmingham : il laissait une fortune évaluée à un bon nombre de millions.

Le roman est une puissante satire de la coûteuse et même ruineuse procédure de l'ancienne cour de la Chancellerie («Chancery»), une critique des gens de loi, une dénonciation des fausses valeurs. Mais une grande partie nous dépeint le caractère d'Esther.

Le livre est, comme un roman «noir», plein de scènes cruelles et barbares. La note sinistre qui y domine est quelque peu exagérée. Neuf personnages de premier plan meurent de façons diverses : les uns sont assassinés, les autres succombent à la phtisie, à la douleur, au remords, à la folie ou à la paralysie ; l'un d'eux (Krook) meurt de «combustion spontanée» provoquée par l'ivrognerie : quarante ans plus tard, Zola fera mourir de la même manière Antoine Macquart dans ‘’Le docteur Pascal’’ ; pour finir, un bébé meurt de fièvre et on prévoit que la Française sera pendue. Les choses inanimées elles-mêmes dégagent une atmosphère qui finit par vous obséder : les vieilles maisons décrépites sont à jamais marquées par les souvenirs des anciens crimes ; les ruelles sales et les impasses repoussantes sont fréquentées par des bandits ou sont le théâtre de morts violentes, et les portes et les fenêtres, les cheminées ou les statues finissent par prendre un aspect sinistre.

La description du brouillard de Londres, qui ouvre le roman, est particulièrement célèbre. ‘’La maison d'âpre-vent’’ est peut-être un des premiers « thrillers », au sens actuel de ce mot.
Le roman fut publié sous forme de feuilleton mensuel pendant les années 1852-1853.

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Hard times

(1854)

Les temps difficiles
Roman
Industriel accapareur, Thomas Gradgrind, citadin de Cokeville (Coketown), centre industriel, est « un homme éminemment pratique », qui ne croit qu'aux faits et aux statistiques et qui élève ses enfants, Louise et le jeune Tom, en réprimant sans pitié les côtés fantaisistes et idéalistes de leur nature. Il marie Louise à un fabricant avare et imposteur, Josué (Josiah) Bounderby, de trente ans plus vieux qu'elle et caricature violente, lui aussi, d'un de ces types comme en voit naître une civilisation purement industrielle. Louise consent à cette union en partie à cause du cynisme et de l'indifférence qu'a fait éclore en elle l'éducation paternelle, et en partie pour venir en aide à son frère, le seul être qu'elle aime et qui est employé chez Bounderby. James Harthouse, un jeune politicien sans cœur et sans principes, vient à Cokeville et profite de l'existence malheureuse de Louise pour tenter de la séduire. Mais elle qui, avec le malheur, a recouvré ses meilleures impulsions, s'enfuit chez son père et lui demande protection. Gradgrind découvre alors la folie méchante de son système. Tom, entre-temps, a commis un larcin à la banque de son patron et a réussi à faire retomber la faute sur un innocent artisan, Étienne (Stephen) Blackpool. Mais il est finalement découvert et contraint de fuir à l'étranger.
Commentaire
Ce roman, par le style comme par la pensée, se ressent de l'influence de Carlyle. Il appartient, comme le vit très bien Ruskin, à la littérature polémique suscitée par l'industrialisme. Charles Dickens l’a rédigé d'après ses observations sur les conditions de l'industrie à Manchester et à Preston, sur la vie des ouvriers et leurs relations avec les patrons dont il dénonça le capitalisme exploiteur. Mais son paternalisme lui fit préférer la figure édifiante et ambiguë de Stephen Blackpool à celle des «agitateurs». Sa thèse sociale ne lui permettait guère de pratiquer l'art des nuances.

G. K. Chesterton a écrit à son propos : «C'est peut-être la seule fois où Dickens, dans sa défense du bonheur, a oublié d'être heureux.»

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En 1856, Dickens acheta à Gadshill, dans le Kent, une maison de campagne longtemps désirée.

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Little Dorrit”

(1857)

La petite Dorrit”
Roman
Par suite de l'inexécution d'un contrat passé avec un des bureaux gouvernementaux, appelé le ministère des Circonlocutions, le vieux William Dorrit a été jeté dans la prison de la Maréchaussée pour dettes, et il y est resté si longtemps qu'il a mérité le nom de «Père de la Maréchaussée». Son emprisonnement est adouci par le dévouement de sa plus jeune fille, Amy, appelée «la petite Dorrit», de taille minuscule mais de grand cœur. Amy a une sœur danseuse, Fanny, une «snob», et un frère débauché, Tip. Le vieux Dorrit et Amy sont aidés par Arthur Clennam, pour qui la petite Dorrit conçoit une passion qui n'est point tout d'abord partagée. Par un changement à vue de la fortune, William Dorrit se trouve tout à coup héritier d'un grand patrimoine. À l'exception de la petite Dorrit, tous les autres membres de la famille ne tardent pas à devenir des fats insupportables, fiers de leur argent. De son côté, Clennam, après une spéculation malheureuse, finit, lui aussi, à la prison de la Maréchaussée : malade et désespéré, il est soigné par la petite Dorrit qui le réconforte. Il apprend ainsi l'amour de la jeune fille, mais sa richesse l'empêche de demander sa main, jusqu'à ce qu'intervienne un autre coup de théâtre : les Dorrit perdent leur fortune avec la même facilité qu'elle leur était tombée du ciel. Ainsi l'union de Dorrit et de Clennam devient possible dès qu’il est libéré.
Commentaire
Le motif de ce roman fut la satire des bureaux gouvernementaux car, contre lenteur et la paresse de leurs employés, s'élevaient alors les protestations du public. Dickens, qui s’y souvint de la prison de Marshalsea et à qui Dorrit a été inspiré par son père, s’attaqua aussi aux fondements de la civilisation du profit, à l'exploitation économique et à la cruauté des institutions.

Malgré le grand succès obtenu en son temps, ce roman est parmi les moins réussis de Dickens. Mais il s'y trouve, comme toujours, des descriptions vivantes (un dimanche à Londres, une vieille salle à manger, une maison abandonnée, une suffocante soirée d'été à Park Lane) et d'amusantes inventions humoristiques comme celle (au chapitre V du livre Il) des mots que les jeunes filles devraient prononcer souvent pour donner une belle forme à leurs lèvres («papa», «pommes», «poules», et surtout «prunes», «prisme»).

Il fut publié par livraisons mensuelles en 1857.

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Dickens était riche ; mais il n'était pas heureux en ménage. Il vivait des amours illégitimes avec une très jeune comédienne, Ellen Ternan car, engoncé dans les convenances, il n’osa jamais les vivre en plein jour et menait une existence bourgeoise et respectable.

En 1858, année où il donna quatre-vingt-huit conférences en quatre-vingt-dix jours (il adorait donner des lectures publiques des plus bouleversants de ses livres, tirant des larmes à son auditoire), sa femme, qui lui avait donné dix enfants, mit fin à leur union par une simple séparation. Georgina resta avec lui pour prendre soin de son ménage et des enfants les plus jeunes. Mais cette nouvelle relation ne tarda pas à le décevoir.

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A tale of two cities

(1859)

Le conte de deux cités
Roman
En 1775, Jerry Cruncher, un vieil employé de la banque Tellson, arrête la diligence de Douvres pour lui confier un urgent message destiné à Jarvis Lorry où il lui demande d’attendre à Douvres une jeune femme. Lorry répond par ces mots mystérieux : « Rappelé à la vie ». À Douvres, Lorry rencontre Lucie Manette, une jeune orpheline dont le père, qui fut un éminent médecin dont elle croyait qu’il était mort, a été découvert en France. Lorry escorte Lucie à Paris, où elle rencontre Defarge, qui a été un serviteur du docteur Manette, et qui l’a gardé en sûreté dans une mansarde. Devenu fou après dix-huit années passées à la Bastille, Manette passe tout son temps à faire des chaussures, un « hobby » qu’il a appris en prison. Lorry assure à Lucie que son amour et sa dévotion peut rappeler son père à la vie, et, en effet, ils y réussissent.

En 1780, Charles Darnay est accusé de trahison contre la couronne anglaise. Un grandiloquent homme de loi nommé Stryver défend sa cause, mais ce n’est que jusqu’à ce que son collègue ivrogne et bon-à-rien, Sydney Carton, vienne à son aide que le tribunal acquitte Darnay. Son argument décisif est qu’il a lui-même une mystérieuse ressemblance avec l’accusé, qui sape celui de la poursuite qui prétend identifier Darnay comme un espion que les autorités ont repéré. Lucie et le docteur Manette assistent aux audiences. La nuit suivante, Carton, ayant conduit Darnay à une taverne, lui demande ce qu’il ressent en bénéficiant de la sympathie d’une femme comme Lucie. Carton méprise Darnay parce qu’il lui rappelle tout ce qu’il a abandonné et tout ce qu’il aurait pu être.

En France, le cruel marquis d’Évrémonde avec sa voiture renverse un enfant du peuple. Ayant l’attitude typique des aristocrates de ce temps à l’égard des pauvres, il ne montre aucun regret, mais maudit plutôt les paysans et se hâte vers son château, où il attend l’arrivée d’Angleterre de son neveu, Darnay. Celui-ci, survenant tard cette nuit, maudit son oncle et l’aristocratie française pour son abominable traitement du peuple. Il renonce à son nom d’Évrémonde et annonce son intention de retourner en Angleterre. La nuit même, le marquis est assassiné ; le meurtrier a laissé une note signée du sobriquet adopté par les révolutionnaires français : « Jacques ».

Une année se passe, et Darnay demande à Manette la permission d’épouser Lucie. Il affirme que, si elle accepte, il révèlerait sa vraie identité à Manette. Pendant ce temps, Carton, avoue son amour à Lucie, reconnaissant que, quoique sa vie soit indigne, elle lui a permis de rêver de la rendre meilleure, plus valable. Dans les rues de Londres, Jerry Cruncher est emporté dans la procession funèbre d’un espion nommé Roger Cly. Plus tard, dans la nuit, il fait preuve de ses talents de « résurrecteur », se glissant dans le cimetière pour dérober et vendre le corps de Cly. Pendant ce temps, à Paris, un autre espion anglais connu sous le nom de John Barsad survient dans la boutique du marchand de vin Defarge. Il espère trouver une preuve de la montée souterraine de la révolution. Madame Defarge est assise dans la boutique composant une liste secrète de ceux que la révolution entend exécuter. De retour à Londres, Darnay, au matin de son mariage, respecte la promesse qu’il a faite à Manette ; il révèle sa vraie identité. La nuit suivante, Manette retombe dans sa vieille habitude de prisonnier : il fabrique des chaussures. Neuf jours plus tard, Manette retrouve ses esprits, et bientôt rejoint les nouveaux mariés dans leur lune de miel. Au retour de Darnay, Carton lui rend visite et lui demande de lui accorder son amitié. Darnay lui assure qu’il sera toujours le bienvenu dans leur maison.

En 1789, à Paris, les paysans prennent d’assaut la Bastille et la Révolution française commence. Les révolutionnaires mettent à mort les aristocrates dans les rues, et Gabelle, l’intendant du château d’Evrémonde, est emprisonné. Trois ans plus tard, il écrit à Darnay, lui demandant de le sauver. En dépit du grand danger qu’il court, Darnay part immédiatement pour la France.

Dès son arrivée à Paris, il est arrêté par les révolutionnaires français en tant qu’émigrant. Lucie et Manette se rendent à Paris dans l’espoir de le sauver. Darnay reste en prison pendant un an et trois mois avant de subir son procès. Afin de l’aider, Manette use de sa considérable influence sur les révolutionnaires, qui sympathisent avec lui parce qu’il a connu la Bastille. Darnay est acquitté, mais, la même nuit, il est de nouveau arrêté. Les charges, cette fois, viennent de Defarge et de sa femme, qui est animée par la vengeance. Carton arrive à Paris avec un plan pour sauver Darnay, et il obtient l’aide de John Barsad, qui se révèle être Solomon Pross, le frère longtemps perdu de Miss Pross, la loyale servante de Lucie.

Au procès de Darnay, Defarge produit une lettre qu’il a découverte dans l’ancienne cellule de Manette à la Bastille. Y est expliquée la cause de l’emprisonnement de celui-ci. Des années auparavant, les frères d’Évrémonde (le père et l’oncle de Darnay) sollicitèrent l’aide médicale de Manette, lui demandèrent de soigner une femme, que l’un d’eux avait violée, et le frère de celle-ci que le même d’Évrémonde avait mortellement poignardé. Craignant que Manette puisse rapporter leurs méfaits, les d’Évrémonde l’ont arrêté. À l’audition de cette histoire, le jury condamne Darnay pour les crimes de ces ancêtres à mourir dans les vingt-quatre heures. Cette nuit-là, à la boutique du marchand de vin Defarge, Carton surprend Madame Defarge complotant pour que Lucie et sa fille (qui est aussi la fille de Darnay) soient elles aussi exécutées ; il apparaît que Madame Defarge est l’enfant survivant de l’homme et de la femme tués par les d’Évrémonde. Carton arrange pour les Manette leur départ immédiat de France. Puis il rend visite à Darnay dans sa prison, le convainc de changer de vêtements avec lui, et, après lui avoir dicté une lettre d’explication, le drogue pour le rendre inconscient. Barsad le conduit, maintenant déguisé en Carton, à une voiture qui attendait, tandis que Carton, déguisé en Darnay, attend son exécution. Comme Darnay, Lucie, leur enfant, et le docteur Manette quittent Paris en hâte, Madame Defarge arrive à l’appartement de Lucie, espérant l’arrêter. Elle y trouve la surprotectrice Miss Pross. S’ensuit une échauffourée, et Madame Defarge meurt d’une balle de son propre pistolet. Sydney Carton meurt sous la guillotine, et le narrateur affirme avec assurance que c’est en sachant qu’il avait finalement donné un sens à sa vie.

Commentaire
‘’Le conte de deux cités’’ occupe une place centrale dans les œuvres de Charles Dickens. Ce roman sur la Révolution française fut d’abord publié en feuilleton dans son périodique ‘’All the year round’’ du 30 avril au 3 décembre 1859. Il profita de cette publication en feuilleton pour faire une expérience dans la conception de l’intrigue, des personnages et du thème. Il décrivit son roman comme «une histoire pittoresque s’élevant de chapitre en chapitre, avec des personnages fidèles à la nature, mais dont l’histoire doit exprimer plus de choses qu’ils n,en expriment eux-mêmes par le dialogue». Le roman qui émergea de cette expérimentation est maintenant considéré comme l’un des plus innovateurs et des plus populaires des romans de Dickens.

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Dans ces années mélancoliques et douloureuses, Dickens, désillusionné, écrivit :

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Great expectations”

(1861)

Les grandes espérances”
Roman
Dans un cimetière désolé, pleure et rêve l'enfant orphelin Philip Pirrip, connu sous le diminutif de Pip. Il aide alors un forçat évadé à se libérer de ses chaînes et à s’évader. Il habite un village où il est élevé par sa mégère de sœur, femme du doux et jovial forgeron, Beppe (Joe) Gargery, mais fréquente la maison de miss Havisham, une demi-folle, qui a été abandonnée par son mari, la nuit même de ses noces et qui, pour se venger des hommes, enseigne à la jeune Estella à se servir de sa beauté comme d'un moyen pour torturer le sexe qu'elle hait. Pip s'éprend d'Estella. Or voilà qu’un mystérieux bienfaiteur fournit l'argent nécessaire à son éducation et il doit un jour entrer en possession d'une grande fortune. Aspirant à devenir un gentilhomme, et méprisant le milieu modeste dans lequel il a vécu jusqu'à présent, il se rend à Londres, où il fait alors la connaissance du bienfaiteur inconnu, qui est n’autre que le forçat évadé, Abel Magwitch. Aussi ses grandes espérances s'évanouissent-elles. Instruit par cette désillusion, il se rend compte de la dignité de cette vie humble qu'il a méprisée et retourne chez son forgeron, apprenant à aimer les gens modestes qui l’ont éduqué. Estella, qui a épousé son ennemi, Bentley Drummle, acquiert de cette expérience de salutaires leçons car elle est maltraitée. Finalement, Pip et elle se rejoignent et s’épousent.
Commentaire
Le roman ne devait pas avoir une fin aussi gaie : Estella, fille présumée de Magwitch, devait entraîner la ruine de Pip. Mais Dickens se rendit au conseil de Edward Bulwer-Lytton et la modifia. À l’inverse, le roman ne pouvait commencer d'une façon plus heureuse et plus suggestive que par la scène effrayante de l'apparition du forçat évadé qui se change en bienfaiteur et pourrait donc se comparer à Jean Valjean, le héros des “Misérables” de Victor Hugo. Les épisodes intensément mélodramatiques abondent et on y trouve la même fraîcheur, la même spontanéité que dans “David CopperfieId”.

Son style est ici exempt de son habituelle négligence : il fit preuve, au contraire, dans les passages narratifs et descriptifs comme dans les dialogues, d'une remarquable maîtrise.

On perçoit également un approfondissement psychologique, Dickens étudiant avec soin le développement d'une personnalité unique.

L'exploitation économique et la cruauté des institutions sont des thèmes dominants.
Le roman parut en feuilleton dans le journal “All the year round” en 1860-61, et fut publié en volume en 1861.

Il a été adapté au cinéma, notamment par David Lean (1946).

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‘’A trial for a murder’’

(1865)

Un procès criminel”
Nouvelle de10 pages
Au milieu du XIXe siècle, à Londres, le narrateur, un homme sain d'esprit et respectable, président du jury au procès d'un meurtrier, reçoit, tout au long du procès, la visite du spectre de la victime qui l'aide à prouver la culpabilité de l'assassin. Celui-ci, dans sa déclaration finale, admet que, lui aussi, a eu une prémonition surnaturelle dans laquelle il a vu le président du jury lui passer une corde au cou et a eu le sentiment qu'il ne pourrait échapper au châtiment, d'où le verdict de culpabilité.
Commentaire
La nouvelle parut dans ‘’All the year round’’. Elle figura aussi dans “Anthologie du fantastique1”.

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Our mutual friend

(1865)

Notre ami commun”
Roman
Le père de John Harmon, riche entrepreneur de nettoyage urbain, impose à son fils, s'il veut hériter de lui, d'épouser Bella Wilfer. John, qui revient de l'exil auquel l'avait contraint la sévérité paternelle, confie à un officier du navire qui le ramène dans son pays son intention de cacher sa propre identité, jusqu'à ce qu'il ait pu se faire une idée de la jeune fille qu'on lui destine et qu'il ne connaît pas. Le confident lui donne un rendez-vous près du fleuve, et cherche à l'assassiner, mais en fait c'est lui qui est tué, John restant toutefois inanimé. Les deux corps sont jetés dans le fleuve ; mais John, ranimé par l'eau, se sauve. À cause d'une certaine lettre de John, qu'on retrouve sur le cadavre de l'officier, John passe pour mort. Profitant de ce concours de circonstances, il peut conserver l'incognito, prend le nom de John Rokesmith et devient le secrétaire du bienveillant et désintéressé M. Boffin, l'homme de confiance du vieil Harmon, qui doit hériter de lui son patrimoine, maintenant que le jeune Harmon est censé être mort. Ainsi John rencontre Bella, fille adoptive de Boffin, une coquette que la richesse finit de corrompre. Cependant, John tombe amoureux d’elle, mais elle le repousse méchamment. Son identité est découverte par la bonne Mme Boffin. Boffin, tout dévoué au fils de son ancien patron et convaincu, tout comme sa femme, que Bella, au fond, a un cœur d'or, décide de la mettre à l'épreuve. Il feint de devenir subitement avare, maltraite John et finit par le licencier ignominieusement. Bella, qui se rend compte des maux qu'apporte la richesse et qui a fini par découvrir les mérites du prétendu Rokesmith, s'enfuit de chez Boffin et épouse son soupirant. On dévoile alors l'identité de celui-ci qui aide à démasquer les plans d'une vieille crapule, Silas Wegg, qui voulait faire chanter Boffin.

Il y a dans le roman une intrigue secondaire : l'idylle d'Eugène Wrayburn, un jeune avocat insolent et paresseux, et de Bettina (Lizzie) Hexam, fille du vieil Hexam qui repêche, dans la Tamise, les cadavres et les épaves. Le rival de Wrayburn dans le cœur de Lizzie, le maître d'école Bradley Headstone, tente de l'assassiner, mais Eugène est sauvé par Bettina qui l'épouse.
Commentaire
Cette intrigue d’héritage taillée pour une comédie se ressent de l'influence de Wilkie Collins. Comme d'habitude, le livre est une galerie de personnages secondaires, que Dickens réunit en une grandiose composition, ingénieuse et mélodramatique. Mais ils n'ont rien ici de particulièrement original : ils répètent, sans y apporter d'amélioration, les précédentes créations du romancier : tels les Veneering, une famille de snobs ; l'hypocrite Podsnap, «homme éminemment respectable» qui croit de son devoir «de prendre la Providence sous sa protection» ; Rogue Riderhood, la canaille, etc. On y trouve une description très suggestive des vieilles maisons et des rues tortueuses et mélancoliques de Londres, d’une société entière, en particulier de la classe bourgeoise (par exemple la salle à manger de Podsnap et son horrible argenterie), avec son goût de l’argent, ses faiblesses politiques et le problème omniprésent de la misère et des injustices que Dickens s’acharna à pourfendre. Il s’attaqua de nouveau aux fondements de la civilisation du profit. Mais, dans ce roman désespéré, ses dernières illusions sur la mission progressiste de la classe bourgeoise étaient définitivement tombées. Quant au prolétariat, dans sa tentative de s'élever jusqu'à la condition bourgeoise, il s'était, à ses yeux, à son tour imprégné d'hypocrisie et de dureté.

Avec le personnage de Little Johnny, on y décèle la conception conventionnelle à l’époque, en littérature comme dans la vie, qui attribuait un caractère sacré à la mort, à sa beauté.

Malgré l'accueil favorable que cette œuvre reçut de la critique, elle est peut-être une des plus faibles du romancier; c'est presque la caricature de son style habituel.

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Au cours de l’été de 1865, Dickens fut, à Staplehurst, une des victimes d’un sérieux accident de chemin de fer dans lequel plusieurs personnes trouvèrent la mort. Il en fut fortement impressionné et cela lui inspira :

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The signalman”

(1866)

‘’Le signaleur’’
Nouvelle
Le narrateur, durant une promenade dans la campagne anglaise, rencontre, près d'un tunnel, un signaleur du chemin de fer, homme instruit et consciencieux qui lui dit recevoir, avant des accidents sur la voie ferrée, la visite d'un spectre qui lui fait d'étranges avertissements dont le dernier semble s'adresser à lui. Or le narrateur apprend qu'il a été tué, heurté par un train dont le conducteur, cherchant à l'avertir, avait fait les mêmes gestes que le spectre.
Commentaire
Un des mérites essentiels de cette nouvelle tient à l’art avec lequel l’auteur a su maintenir une inextricable ambiguïté entre naturel et surnaturel. Tout s’explique, rien ne s’explique, et notre inquiétude se nourrit de cette incertitude plus qu’elle ne le ferait de l’acceptation sans réserve du surnaturel.

L'apparition, et surtout l'apparition prémonitoire, est la source de tous les fantômes. On croyait autrefois que les apparitions (et plus généralement les songes) annoncent l'avenir. Leur fonction est de nous prévenir, de nous rendre service. Elles nous donnent une chance de maîtriser notre destin. Une chance mais pas toutes les chances, bien entendu: une partie seulement de la vérité nous est révélée, c'est à nous de suppléer à l'information qui nous manque. Les dés sont pipés, les dieux font en sorte que nous ne comprenions pas ; si bien que, lorsque le pire nous arrive, ils sont en droit de nous faire remarquer qu'ils nous l'avaient bien dit. Par là, le destin nous accable un peu plus : non seulement nous ne sommes pas libres, mais tout est fait pour que nous nous en apercevions.

Dans cette nouvelle, l'apparition n'annonce pas, mais montre l’avenir. C’est un morceau de futur détaché dans le présent et, à ce titre, la nouvelle pourrait être considérée comme une histoire d'aberration. Cependant, c’est une histoire de fantôme, et tout à fait révélatrice. Dès le début, les deux personnages se prennent mutuellement pour des spectres, et, en un sens, ils n'ont pas tort : l’un est déjà, sans le savoir, un mort en sursis et apparaît « tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change» ; l’autre est à son insu un messager du destin et répète les paroles prévues depuis toujours. Les deux hommes donnent une première représentation, tronquée, indéchiffrable, de la scène finale. On en trouve d'autres, à peine plus claires, dans la suite du texte.

Ainsi la révélation est toujours déguisée. En outre, elle ne s’adresse qu'à un élu à l'exclusion de tous les autres hommes. Car chacun de nous est seul aux prises avec ses fantasmes : la sonnette ne retentit que pour un seul homme, l'apparition n'est visible que pour lui. En outre, elle est silencieuse ; une gesticulation, une mimique sont ses manifestations presque uniques. On croirait voir un film muet privé de sous-titres. Certes les gestes paraissent pouvoir s'interpréter comme des phrases très simples, fréquemment rappelées au cours de l'histoire, mais nous n'en sommes pas plus avancés : il y a des situations mais pas de scénario, et nous devrons attendre la fin de la nouvelle pour que soudain tout se recompose.

On appréciera ici l'évocation de l'Angleterre au temps de la révolution industrielle par un homme qui, en sa qualité de Londonien, n'était guère familier des régions manufacturières du nord. Il est rare que le fantastique moderne exprime aussi clairement l'horreur de notre société : les trains n'inspiraient à Dickens que la peur d'être écrasé, de mourir dans un déraillement ou d'avoir une crise cardiaque en voyage, loin de tout médecin ; les paysages ferroviaires sont placés comme des solitudes glacées ; les cheminots font figure de laissés pour compte, voués à la prolétarisation parce qu'ils « ont laissé passer leur chance ».

La nouvelle parut d’abord en 1866 dans l’édition de Noël de ‘’All the year round’’, un magazine que Dickens publiait. Elle figura aussi dans “Anthologie du fantastique 1” et dans “Histoires de fantômes”.

En 1976, elle fut adaptée à la télévision par la BBC, avec Denholm et Bernard Lloyd.

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En 1870, Dickens, qui donnait des conférences sur ses propres oeuvres, était sur le point de repartir pour une nouvelle tournée quand sa santé s’altéra. Il ne parvint pas à terminer :

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The mystery of Edwin Drood

(1870)

‘’Le mystère d’Edwin Drood’’
Roman
Le père d'Edwin Drood et celui de Rosa Bud, veufs l'un et l'autre, ont, avant de mourir, fiancé leurs enfants. Rosa a été élevée par les soins de miss Twinkleton qui tient une école à Cloisterham (Rochester), où Edwin a un oncle, John Jasper, maître des chœurs de la cathédrale, avec lequel il est en excellents termes. Il a été convenu que les jeunes gens se marieront lorsque Edwin aura atteint sa majorité. On découvre qu'en fait Jasper est un hypocrite et un individu assez sinistre : il aime passionnément Rosa, à qui il donne des leçons de musique. Mais la jeune fille n'éprouve pour lui que terreur et dégoût. Edwin, de son côté, fait la connaissance de deux orphelins, Neville et Helen Landless, dont il perd très vite les bonnes grâces, parce que Neville est fort sensible au charme de Rosa et qu'il ne peut supporter la légèreté avec laquelle Edwin traite la jeune fille. Jasper envenime habilement cet état de choses, de sorte que les jeunes gens se querellent. Au cours de la dernière visite qu'Edwin fait à Cloisterham, avant que soient célébrées les noces, les fiancés reconnaissent l'un et l'autre qu'ils ne pourront pas être heureux ensemble. Ils rompent tout aussitôt. Mais Edwin se garde de rien révéler à Jasper. Cette même nuit, Edwin disparaît. Tout donne â penser qu'il a été la victime de Neville Landless ; et Jasper fait le nécessaire pour que ce soupçon prenne corps. Mais Jasper en vient à apprendre, avec la plus grande contrariété, que les fiançailles entre Rosa et Edwin ont été rompues avant qu'Edwin ne disparaisse. Son étrange manière de se comporter éveille l'attention de M. Grewgious, le tuteur de Rosa, original et fort brave homme. Neville est arrêté : mais, comme il est impossible de retrouver le corps d'Edwin, on le relâche. Néanmoins, la population de la ville est si malveillante à son égard qu'il est obligé de s'éloigner, et il se rend à Londres pour y faire des études. Jasper continue ses menées contre Neville, et Rosa s'enfuit, tant est grande la crainte que le maître de musique lui inspire. Elle se retrouve à Londres. L'affaire se complique à la suite d'une intervention de M. Grewgious, aidé du chanoine Crisparkle et d'un nouvel allié, l'officier de marine en retraite Tartar, qui cherche à protéger Rosa.
Commentaire
Ce roman «policier» étant resté inachevé, on ne sait comment l'histoire se serait terminée. Bien qu’en préparant le plan de son roman, Dickens ait confié à son ami, John Forster, qu’il avait l’idée d’une histoire dans laquelle un neveu serait tué par son oncle, il garda très soigneusement le silence au cours de l’écriture. De nombreuses conjectures ont été faites, les hypothèses les plus variées ont été lancées. D'aucuns supposèrent qu'Edwin n'était pas mort, mais qu'il s'était caché ; et que Drood ne faisait qu'un avec le mystérieux M. Datchery qui dirige les recherches contre Jasper. Mais ‘’Le mystère d’ Edwin Drood’’ demeure un mystère.

La ville de Rochester est décrite ici avec beaucoup de soin.

L'analyse psychologique est particulièrement subtile. Dickens explore le conflit entre le bien et le mal dans la conscience d'un seul homme.

Mais l'ensemble se ressent de la maladie et de la fatigue de Dickens. Si la vivacité et l'humour habituels n'en sont pas complètement absents, il faut déplorer cependant qu’il ait donné libre cours à sa manie des complications romanesques. Parmi les personnages secondaires, dont le nombre est considérable, il faut retenir M. Sapsea, commissaire-priseur dont l'étrangeté ne le cède en rien à bien des personnages de Dickens ; M. Honeythunder, philanthrope ; le sombre Ourles et son aide « deputy », deux maçons.

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Le 8 juin 1870, à Gad’s Hill, après une journée de travail sur le chapitre 22, alors qu’il en était exactement à la moitié, Dickens subit une attaque et mourut le lendemain.

Il fut enterré à l'abbaye de Westminster.
Après sa mort, Forster écrivit ‘’The life of Charles Dickens’’, qui est encore sa biographie définitive, même si beaucoup des aspects négatifs de sa vie furent atténués ou passés sous silence. Cette biographie inclut le fragment autobiographique qu’il avait donné à son ami. Ce fut la première fois que le public apprit combien fut difficile cette enfance qui avait si fortement structuré son oeuvre.

Il fut un homme actif et généreux, un comédien amateur, un sportif (alpiniste sur la Mer de Glace, spéléologue dans les cratères du Vésuve), un voyageur impénitent (il sillonna l’Europe et l’Amérique du Nord), un philanthrope (il se battit pour les prostituées repenties et le manque d’instruction des petits pauvres). S’étant élevé promptement à la gloire et à la fortune dans une «success story» avant la lettre, il fut un bourgeois nanti qui offrait de grandioses dîners quand il avait inscrit le mot «fin» au bas de l’un de ses ouvrages.

Ayant su se forger une volonté de fer et la mettre au service de son génie, travaillant «comme une machine à vapeur» pour satisfaire les échéances éditoriales (il faisait paraître ses œuvres d’abord en livraisons mensuelles et selon les délais impartis avant de les publier en volumes) et son besoin d'être toujours au contact du public, écrivant rapidement, souvent à plus d’une oeuvre à la fois, il s’employa vigoureusement à produire des romans aux intrigues mal construites et compliquées que cette hâte n’empêcha pas d’être les plus populaires de l’époque. Aussi la gloire et la fortune, qu’il avait acquises très tôt, ne l’ont-elles jamais quitté, ses lecteurs étant toujours pressés de le lire et de plus en plus nombreux.

Utilisant ses propres malheurs d’enfant pauvre et négligé, tombant souvent dans le mélodrame, il dénonça les abus et les laideurs sociales, les inégalités criantes entre les riches et les pauvres, les injustices de la justice et l’hypocrisie des puissants, la grandeur et de la misère de la révolution industrielle anglaise. Mais il fut profondément ambivalent au sujet de l’argent. D’un côté, son idéal de réforme sociale était de faire appartenir chacun à la classe moyenne en partageant les bénéfices du système capitaliste. D’un autre côté, il le dénonça non sans rhétorique, représenta avec justesse les effets que l’exploitation exerce sur les rapports humains. D’autre part, il semble que, pour lui, l’argent et le bonheur s’excluent mutuellement : dans ses romans, les pauvres sont nobles de façon innée, jouissent de la vie familiale chaleureuse dont les riches, qui sont des fous amoraux, sont privés.

Cependant, même s’il excella au reportage journalistique, il n’a rien écrit qui ne fut une transformation de la réalité par son imagination, en créant une nouvelle forme littéraire, le roman social, dans lequel il fondit et développa deux grands courants de la prose anglaise : la tradition picaresque de Defoe, Fielding et Smollett, et celle, sentimentale, de Goldsmith et de Sterne. Son réalisme lui a fait puissamment évoquer les objets, le cadre, le paysage urbain, les vues, les bruits et les odeurs de Londres ; brosser des tableaux hallucinants de la faune des bas-fonds, de la prison, présence obsessionnelle dans tant de romans, du brouillard de ‘’La maison d'âpre-vent’’, de l'énorme tas de déchets qui s’impose presque comme protagoniste de ‘’Notre ami commun’’. Surtout, il créa des personnages d'une grande vitalité, donna de vives descriptions de leurs excentricités et de leurs traits caractéristiques, sut les immortaliser en moins de trois lignes. Et, pour des générations de lecteurs, les noms de M. Pickwick, Uria Heeep, Miss Havisham, Ebenezer Scrooge, sont devenus des noms communs. Il passa des caractères parfois simplistes de la première manière (le bon et le méchant, le comique et le pathétique) aux personnages plus complexes et ambigus des œuvres de la maturité. Julien Green a fait remarquer : «Dans Dickens, tous les personnages étranges ou sombres sont étonnants. Tous les personnages sympathiques sont ennuyeux, fades et incolores.»
Dans une langue hardie et complexe, il écrivit avec une émotion qui, tantôt, se diluait dans le pathos et la sensiblerie, tantôt se hissait au niveau de la tragédie. Quelques critiques se plaignent de sa sentimentalité, du désordre de ses intrigues, de son manque de mesure, de ses fautes de goût, de ses excès mélodramatiques et moralisants qui étouffent parfois son génie humoristique, mais aucun n’a osé lui nier un génie spécial pour révéler la pulsation même de la vie.
Il fut attiré par le fantastique, ainsi qu'en témoigne l'atmosphère souvent onirique et nocturne de certains de ses romans. Cela est plus flagrant encore dans plusieurs de ses nouvelles qui sont ouvertement fantastiques et presque toujours remarquables : ‘’Le signaleur’’, ‘’Un procès criminel’’, ‘’Un cantique de Noël’’, ‘’Le possédé’’, etc. Chesterton a dit de lui qu' « il combinait de curieuse façon une manière de voir moderne, populaire et même banale, avec une large sympathie pour les oracles étranges, les fantômes et l'antique nuit».

Il fut aussi le grand spécialiste du conte de Noël : il en composait un par année. Il savait raconter avec des trémolos des histoires pathétiques, un brin surnaturelles, à la gloire des démunis visités par le bonheur la nuit de Noël. Dans ces oeuvres, parmi les plus populaires de Dickens et qui marquèrent profondément la sensibilité anglo-saxonne, s’exprima l’optimisme victorien d’un appel à la charité censée remédier à tous les problèmes sociaux.
Ses quinze romans n’absorbèrent qu’une part de son énergie prodigieuse, car il se voulut une sorte d’artiste complet (poète, romancier, chroniqueur, dramaturge), explorant également les genres les plus divers, de l’histoire de fantômes au roman policier, du roman humoristique à la satire des mœurs.

Conscience de l’Angleterre, comme Hugo était celle de la France, sa renommée rivalisait avec celle de la reine Victoria dont il s’était d’ailleurs amouraché en secret. Chevillé à l’époque victorienne, il en épousa la moralité un peu simpliste comme les préjugés, l’antisémitisme entre autres. Aussi subit-il la réaction anti-victorienne qui finit souvent par confondre son œuvre avec les expressions typiques de la société qu'elle refusait, sa fortune critique ayant été intermittente, sa redécouverte ultérieure n'ayant jamais été exempte, surtout de la part de la critique académique, de réserves plus ou moins larges.

Même si bien des maux qu’il avait signalés ont été maintenant réparés, il se gagne encore beaucoup de lecteurs, car le message de ce redresseur de torts, de ce champion de la justice sociale, n’a rien perdu de sa résonance. Un siècle et demi de lecture et de critique n’ont pas épuisé les richesses artistiques de son œuvre. Il jouit toujours d’une grande popularité et est considéré comme le plus grand narrateur anglais de son siècle et parmi les meilleurs au monde. D’ailleurs, il est traduit dans la plupart des langues.
En 2007, a été ouvert à Chatham, près de Londres, un ‘’Dickens world’’, un parc à thème reproduisant le XIXe siècle tel que vu par Charles Dickens : des chasseurs de rats y traquent la vermine dans les ruelles pavées du Londres d’autrefois, hantées par des pickpockets, des ouvriers courageux, des orphelins malheureux et d’autres personnages du romancier. Selon les fondateurs, il fera peut-être grincer des dents les puristes littéraires, mais le bonheur des familles


André Durand
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